Un roi de vingt-trois ans se querelle avec son propre archevêque et, pour lui retirer du pouvoir, se construit une cathédrale à huit kilomètres de la capitale, avec un diocèse à lui et un abbé qui ne répond qu’à lui. Pour être sûr que personne ne la prenne pour un pis-aller, il la fait revêtir d’or du sol au plafond.
C’est ainsi que naît la cathédrale de Monreale, et le remarquable est que le coup politique a fonctionné deux fois : l’archevêque de Palerme a perdu la partie, et huit cent cinquante ans plus tard les gens continuent de monter jusqu’ici.
Voici un guide de ce que l’on voit, dans l’ordre où il vaut mieux le regarder. La première chose à savoir ne concerne pas l’art mais l’horloge, et elle est dans la section ci-dessous.

La cathédrale ferme à midi, et qui l’ignore perd la moitié de la visite
Combien de temps faut-il vraiment pour Monreale ? Plus qu’il n’y paraît, et pas à cause de la distance.
La cathédrale ferme entre 13 h et 14 h 30 tous les jours, et le dimanche matin est réservé aux offices : les visiteurs n’entrent qu’à partir du début de l’après-midi. Le cloître, géré par l’État et non par la curie, a en revanche un horaire continu plus long.
Traduit en pratique : si vous partez de Palerme à dix heures, vous arrivez à onze et à treize on vous met dehors. La solution est de partir tôt et de prévoir une demi-journée entière, trajet compris, ou d’arriver à 14 h 30 et de faire d’abord le cloître.
1172, et une cathédrale construite par dépit
Guillaume II de Hauteville, dit le Bon, avait seize ans quand il monta sur le trône et un peu plus de vingt quand il ouvrit ce chantier, vers 1172.
Le motif était politique et s’appelait Gauthier Offamilio, l’archevêque de Palerme, un homme qui avait accumulé assez de pouvoir pour faire de l’ombre à la couronne. Guillaume fonda à Monreale une abbaye bénédictine, obtint du pape qu’elle devienne siège archiépiscopal autonome, et lui assigna un territoire énorme retiré au diocèse de Palerme.
Offamilio répondit en reconstruisant à toute vitesse la cathédrale de Palerme, entre 1184 et 1185. Les deux églises sont contemporaines, elles se voient l’une l’autre et elles sont le monument d’une querelle.

Les mosaïques : combien y en a-t-il vraiment, et que racontent-elles
Sur la surface des mosaïques circulent des chiffres différents, et il vaut mieux le dire que d’en choisir un : les sources donnent 6 240, 6 340 ou 6 400 mètres carrés, selon la façon dont on compte les surfaces courbes et les parties refaites. Dans tous les cas, c’est le plus vaste cycle de mosaïques d’Italie après Saint-Marc, et l’un des plus vastes au monde.
Le programme n’est pas décoratif, c’est un livre. Dans la nef centrale court l’Ancien Testament, de la Création à Jacob, sur deux registres superposés qui se lisent de gauche à droite comme les lignes d’une page. Dans les bas-côtés et les transepts se trouvent les miracles et la Passion du Christ. Dans les absidioles se tiennent les saints Pierre et Paul.
Chaque scène a sa légende en latin écrite à côté, en grands caractères. Ce n’était pas pensé pour qui savait lire : c’était pensé pour que le prêtre puisse montrer le mur en parlant.


Le Pantocrator de l’abside, aussi haut qu’une maison
Pourquoi le Christ de l’abside est-il aussi grand ? Au fond, dans le cul-de-four, se trouve la figure pour laquelle on vient : le Christ Pantocrator, la main droite levée pour bénir et le livre ouvert dans la gauche.
Il est énorme. Le visage à lui seul mesure plusieurs mètres, et la main qui bénit est plus grande qu’une personne. L’échelle n’est pas une coquetterie : elle est calculée pour que la figure reste lisible et frontale depuis n’importe quel point de la nef, même du dernier rang, et pour qu’elle semble regarder quiconque la regarde.
Sur le livre est écrit, en grec et en latin : « Je suis la lumière du monde ». Au-dessous se tiennent la Vierge en trône, les anges et les rangées de saints, dans une hiérarchie qui descend vers le sol à mesure qu’on s’éloigne du centre.
Il y a un détail que je conseille de chercher, et il est plus politique que religieux : dans un panneau du presbytère, Guillaume II offre la maquette de l’église à la Vierge, et dans un autre il est couronné directement par le Christ. Aucun pape, aucun évêque entre les deux. C’est la même déclaration que Roger II avait fait faire pour lui-même à la Martorana.

Le cloître, un billet à part qui vaut chaque euro
Combien de colonnes peut-on regarder une à une sans s’ennuyer ? En sortant par le flanc droit, on entre dans le cloître bénédictin, et il faut savoir qu’il n’est pas compris dans le billet de la seule cathédrale : il est géré par l’État et a sa propre billetterie, ou bien il entre dans le cumulatif.
C’est un carré de 47 mètres de côté, entouré d’un portique sur 228 colonnettes jumelées. Ce qui frappe, et ce qui fait que ce cloître est étudié dans le monde entier, c’est qu’il n’y en a pas deux pareilles : certaines lisses, certaines cannelées en spirale, beaucoup revêtues de mosaïques en zigzag, d’autres sculptées de rinceaux.
Et puis il y a les chapiteaux, un par paire, tous différents : histoires bibliques, animaux fantastiques, scènes de travail, tout un répertoire que les spécialistes n’ont pas fini de cataloguer. On peut y passer une heure à les regarder un par un, et c’est la bonne façon de le visiter.
Dans un angle, à l’intérieur d’une enceinte carrée de colonnes, se trouve la fontaine : un fût sculpté en écailles d’où l’eau sortait pour le lavabo des moines. Elle est de conception islamique, comme presque tout le reste dans cette ville.



L’extérieur, que presque personne ne contourne
Presque tout le monde entre par la façade et repart. Il vaut la peine au contraire de contourner l’édifice et d’arriver derrière, aux absides, car c’est là que l’architecture arabo-normande se voit mieux qu’à l’intérieur.
Les trois absides sont couvertes d’arcatures aveugles entrelacées en calcaire, avec des incrustations de pierre de lave noire qui dessinent des losanges et des cercles. C’est le même vocabulaire décoratif que les palais fatimides d’Afrique du Nord, appliqué au revers d’une cathédrale chrétienne, et c’est la partie de l’édifice que les restaurations n’ont pas touchée.
Le reste a changé : le porche de la façade est du XVIIIe siècle, et un incendie en 1811 a détruit une grande part du mobilier de bois et de la charpente de la nef, refaits ensuite.


Comment y aller, et comment organiser la demi-journée
Monreale est une commune à part, à huit kilomètres du centre de Palerme et quelque 300 mètres plus haut, sur les pentes du mont Caputo.
On y va en autobus urbain depuis la gare centrale et la piazza Indipendenza, pour un trajet d’environ une demi-heure qui devient quarante minutes à certaines heures. En voiture le temps est semblable, mais le stationnement dans le centre de Monreale est rare.
L’organisation que je conseille : partir à 8 h 30, être à la cathédrale à 9 h 15, lui consacrer une heure, passer au cloître vers 10 h 30, et redescendre pour déjeuner. Qui arrive l’après-midi fera l’inverse, cloître d’abord et cathédrale après 14 h 30.
Si vous construisez un itinéraire, Monreale occupe la matinée du second jour dans Que voir à Palerme en 2 jours.
Informations pratiques
Données vérifiées le 3 septembre 2026 sur les canaux officiels du complexe et du circuit qui en gère la billetterie. Les prix et les horaires changent : revérifiez avant de partir, surtout la fermeture de midi.
Billets. Il existe un billet intégré du complexe monumental à 12 euros, réduit à 9, qui comprend le cloître bénédictin, la cathédrale, la chapelle Roano, les terrasses et le musée diocésain. Il existe aussi des billets séparés pour le seul cloître et pour la cathédrale avec le cloître. Le dimanche après-midi, un billet à 6 euros couvre cathédrale, terrasses, salles et chapelle Roano.
Horaires. La cathédrale, avec le musée diocésain, la chapelle Roano et les terrasses, ouvre du lundi au samedi de 9 h à 13 h et de 14 h 30 à 16 h 30 ; le dimanche seulement de 14 h 30 à 16 h 30, avec dernière entrée un quart d’heure avant. Le cloître ouvre du lundi au samedi de 9 h à 19 h et le dimanche et les jours fériés de 9 h à 13 h 30, avec dernière entrée une demi-heure avant.
Où cela se trouve. Sur la piazza Guglielmo II, dans le centre de Monreale, à huit kilomètres du centre de Palerme.
Combien de temps cela demande. La cathédrale prend une heure. Le cloître en demande une autre si vous regardez les chapiteaux comme ils le méritent. En comptant l’aller-retour depuis Palerme, prévoyez une demi-journée.
Crédits photographiques : nef, mosaïques, absides et extérieurs de Holger Uwe Schmitt, fontaine du cloître de Gerd Eichmann, colonnettes et chapiteaux du cloître de Moleskine, décor extérieur de José Luiz (CC BY-SA 4.0). Toutes de Wikimedia Commons.