Qui arrive à Naples par la mer le voit en premier : cinq tours de piperno gris plantées sur le port, compactes et sombres. Le Castel Nuovo, que tout le monde en ville appelle le Maschio Angioino, n’a l’air que d’une forteresse, et pourtant il cache à l’intérieur un arc de triomphe Renaissance, les restes d’un cycle de Giotto et une nécropole romaine sous le sol.

Pour dix euros, tu entres aussi sous une voûte en étoile haute de vingt-huit mètres, dans une salle qui porte le nom d’un groupe de barons arrêtés pendant un festin de noces, et où le conseil municipal se réunissait jusqu’en 2006.

Note tout de même une chose : le Castel Nuovo est fermé le dimanche. Les autres grands musées napolitains, quand ils ferment, le font le mercredi, et c’est pour cela que le dimanche du château s’oublie facilement : si tu as un week-end à Naples, mets-le le samedi.

Et qu’y a-t-il sous le sol de verre de l’Armurerie, qui n’a rien de médiéval ?

le castel nuovo a naples avec ses tours de piperno sombre et l arc de triomphe de marbre blanc entre deux d entre elles

L’arc d’Alphonse, qui n’a rien à voir avec le château qui le contient

Sur la photographie ci-dessus, la dissonance saute aux yeux. Le château est angevin, français, gothique, bâti en piperno, la pierre volcanique gris foncé des Champs Phlégréens. Entre deux de ses tours, quelqu’un a encastré un arc de triomphe de marbre blanc, haut de deux étages, qui semble découpé dans un forum romain et posé là.

Pourquoi deux édifices si différents sont-ils l’un dans l’autre ? Parce que ce n’est pas la même personne qui les a voulus, et que près de deux siècles les séparent. Le château fut fondé par Charles Ier d’Anjou en 1279. L’arc fut voulu par Alphonse Ier d’Aragon pour célébrer sa propre entrée victorieuse dans la ville, et il fut réalisé entre 1453 et 1468 par Guillem Sagrera et une équipe d’artistes italiens et catalans. L’attribution des figures individuelles reste discutée, alors méfie-toi des guides qui les distribuent toutes avec assurance.

Le sens politique se lit à l’œil nu. Un roi aragonais s’installe dans une forteresse française et, au lieu de la démolir, lui coud dessus un morceau d’antiquité romaine. Le message est que le nouveau maître ne descend pas des Angevins mais directement des empereurs. C’est l’un des premiers grands manifestes de la Renaissance dans le Mezzogiorno, et c’est une opération de propagande sculptée.

Sur la frise principale, cherche le cortège triomphal avec Alphonse sur son char, et plus haut les figures des Vertus dans leurs niches. Le marbre, après cinq siècles d’embruns, est ce qu’il est : regarde-le le matin, quand la lumière vient de l’est et que les reliefs ont encore de l’ombre.

La salle des Barons, et le festin de noces qui finit mal

Pourquoi la plus belle salle du château porte-t-elle le nom d’un groupe de nobles vaincus ? Parce que c’est la pièce où ils furent capturés, et la manière dont cela se passa mérite un roman.

En 1486 les barons du royaume conspiraient contre Ferdinand Ier d’Aragon. Le roi, qui en était informé, les invita au château pour un festin de noces, celles d’une de ses nièces avec le fils du comte de Sarno, en le présentant comme un geste de réconciliation. Ils vinrent, ils mangèrent, et au cours de la soirée ils furent tous arrêtés. Beaucoup furent condamnés à mort. Depuis, la salle porte ce nom.

Lève les yeux, car la voûte est la vraie raison d’entrer. Elle fut conçue par Guillem Sagrera, majorquin, celui-là même qui dirigea l’arc, et il la construisit comme un cube couvert d’une voûte à nervures qui dessine une étoile et s’ouvre au centre sur un oculus. Elle monte à vingt-huit mètres, et elle est portée par seize nervures de piperno de Pouzzoles qui impriment un dessin gris foncé sur le jaune du tuf. Le contraste de couleurs n’a rien d’un hasard : Sagrera se sert de la pierre locale comme d’un dessin.

la voute etoilee de la salle des barons avec ses nervures de piperno gris et l oculus au centre

La salle, d’ailleurs, est bien moins muséale qu’elle n’en a l’air. Le conseil municipal de Naples s’est réuni ici jusqu’en 2006, puis il a déménagé au siège institutionnel de la via Verdi. Et il y revient : quand la salle du conseil est inutilisable, pour travaux ou après un incendie, la ville remet les chaises sous la voûte de Sagrera et délibère là. Il peut t’arriver de trouver la salle fermée pour cette raison précise.

Ce qui reste vraiment de Giotto dans la Chapelle palatine

Sur Giotto, ici, circulent deux exagérations opposées. Il n’est pas vrai que l’on voie un cycle de Giotto dans la Chapelle palatine, et il n’est pas vrai non plus qu’il ne reste rien de Giotto.

La Chapelle palatine est la partie la plus ancienne conservée du château angevin. Vers 1330, Robert d’Anjou commanda à Giotto un cycle qui, selon les sources, représentait des hommes illustres de l’antiquité et de la mythologie : Samson, Hercule, Salomon, Pâris, Hector, Achille, Énée, Alexandre, César, chacun avec ses compagnons. Un programme laïque et classicisant, remarquable pour une chapelle de cour du XIVe siècle.

Ce cycle est perdu. Ce qui subsiste, ce sont des fragments sur les ébrasements des fenêtres gothiques, ces retours obliques qui portent la lumière dans l’épaisseur du mur. Ce sont des décors et des figures partielles, et il faut les chercher : si tu entres en balayant les murs du regard, tu ne les verras pas. C’est le sort qu’a connu le Giotto de Santa Chiara, à cinq minutes d’ici, et le fait que le plus grand peintre du XIVe siècle ait beaucoup travaillé à Naples en ne nous laissant presque que des lambeaux est l’une des pertes les plus lourdes de l’histoire de l’art italien.

Le sol de verre de l’Armurerie, et la nécropole sous le château

La salle de l’Armurerie a un sol de verre, et tu marches dessus. Sous tes pieds se trouvent les vestiges que les fouilles ont mis au jour lors des travaux sur le château, et ils n’appartiennent pas au Moyen Âge.

On y voit le bassin d’une villa du Ier siècle avant notre ère, les structures d’une autre villa d’époque impériale, et des dizaines de sépultures avec des bagues et d’autres ornements : à l’époque tardo-romaine, cette bande de côte était une nécropole. Le château angevin, qui semble la chose la plus ancienne du front de mer, a été construit sur un cimetière plus vieux de mille ans, et personne ne s’en doutait avant les fouilles.

C’est le type de stratification qui se répète partout à Naples, des thermes sous Santa Chiara aux citernes de la Naples souterraine. Ici, pourtant, tu la traverses avec la semelle de tes chaussures.

la vue depuis les terrasses du castel nuovo vers le port, la mer et le palais royal

Informations pratiques

Données vérifiées le 10 septembre 2026 sur le site de la Ville de Naples, qui est propriétaire du château. Les tarifs et les horaires changent : revérifie avant de partir.

Billets. Le plein tarif coûte 10 euros. Les résidents de Naples et de sa Ville métropolitaine paient 6 euros, et les moins de 18 ans entrent gratuitement. Ils s’achètent à la caisse par carte, ou en ligne sur le portail de la municipalité, biglietti.comune.napoli.it. Attention : il n’existe pas de coupe-file de tiers à acheter ailleurs, et les sites qui t’en vendent un te vendent une visite guidée, pas l’entrée.

Horaires. Le château ouvre du lundi au samedi 9:00-18:00, et la dernière entrée est à 17:30. Fermé le dimanche.

Attention aux fermetures exceptionnelles. Le château accueille des événements et connaît des journées de maintenance : le 7 septembre 2026, par exemple, il est resté fermé au public pour travaux. Elles sont annoncées sur le site de la municipalité quelques jours à l’avance, donc si le Maschio Angioino est la raison de ton voyage, vérifie la semaine précédente.

Ce que comprend le parcours. La salle de l’Armurerie et son sol de verre, la Chapelle palatine, la salle des Barons, la salle et la Loggia de Charles Quint, les anciennes prisons et la tour.

Comment y aller. La station de métro Municipio (lignes 1 et 6) débouche pratiquement au pied du château, et elle vaut le coup d’œil : c’est l’une des stations de l’art, et les objets trouvés pendant le chantier sont exposés dans la station elle-même. Le Palais royal est à cinq minutes à pied.

Contacts. Le Museo Civico répond au 081 7957703 du lundi au vendredi 9:00-15:00, ou écris à beni.culturali@comune.napoli.it.

Combien de temps prévoir. Une heure pour le parcours muséal. Une heure et demie si tu t’arrêtes vraiment sous la voûte de la salle des Barons et sur le sol de verre.

Le reste de Naples

Le Castel Nuovo et le Palais royal sont à cinq minutes l’un de l’autre et se visitent dans la même demi-journée, mais attention : l’un ferme le dimanche et l’autre le mercredi, donc il n’y a aucun jour où tu les trouveras fermés tous les deux, à condition de savoir lequel prendre quand. Le tableau complet est dans que voir à Naples en 2 jours.

Si tu veux voir à quoi ressemblait ce château quand l’arc d’Alphonse était neuf, monte à la chartreuse Saint-Martin et cherche la Tavola Strozzi : elle date de 1472, montre Naples depuis la mer, et le Maschio Angioino y est peint, avec la mer qui lui arrivait bien plus près qu’aujourd’hui.

Depuis le château, en remontant la via Medina, un quart d’heure te mène dans la trame gréco-romaine : tu y trouveras le cloître de majoliques de Santa Chiara, la chapelle Sansevero, le Caravage du Pio Monte, la cathédrale avec le trésor de saint Janvier et l’entrée de la Naples souterraine.

Crédits photographiques : façade avec l’arc d’Alphonse par Marie-Lan Nguyen (CC BY 2.5) ; voûte de la salle des Barons par Sergioizzo et vue vers le port par Richard Nevell (toutes deux CC BY-SA 4.0). Toutes depuis Wikimedia Commons.