Si tu voyages en Basilicate pour visiter Matera, je te conseille de faire un petit détour en voiture jusqu’à Venosa. Outre le parc archéologique avec ses maisons romaines, ses thermes et même un amphithéâtre, tu pourras marcher entre les murs délabrés de l’ancienne abbaye de Venosa et découvrir son histoire, vraiment passionnante.
J’ai toujours trouvé fascinants ces lieux où l’œuvre de l’homme se fond dans la nature. Le sol de l’abbaye a été entièrement remplacé par un épais tapis d’herbe, tandis que son toit est désormais le ciel. Je les aime parce qu’ils me rappellent « mon » église à Castel Santa Maria.
L’abbaye de Venosa te rappellera probablement la splendide abbaye de San Galgano, mais l’histoire de ces deux lieux sacrés fut totalement différente. Alors que le déclin de San Galgano fut provoqué par un lent abandon et par l’incurie, l’abbaye de Venosa ne fut jamais réellement achevée.
Pourquoi ? Que s’est-il passé ?
Pas d’inquiétude : tu trouveras toutes les informations et les curiosités les plus intéressantes juste ici, dans l’article ci-dessous.
Si tu aimes découvrir l’histoire de ces anciens édifices médiévaux, je te recommande aussi de lire :
- La triste histoire de San Galgano et l’épée dans le rocher
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Une dernière chose : n’oublie pas de te promener au moins dans la ville elle-même. Je suis sûre que tu la trouveras vraiment charmante et, si tu es passionné de châteaux médiévaux, le château de Venosa est non seulement très grand, mais aussi très bien conservé.
À Venosa, tu pourras marcher à travers les siècles, en retraçant les phases de construction des monuments, l’histoire des peuples qui vécurent ici et les événements qui décidèrent de leur sort.
Laisse-moi maintenant te raconter ce qui s’est passé et pourquoi l’abbaye de Venosa est restée dans cet état.
C’est parti !
L’abbaye de Venosa, entre vestiges romains et églises chrétiennes
Presque toutes les villes italiennes ont une histoire semblable : nées comme de petits villages, elles se sont peu à peu étendues, souvent autour du noyau le plus ancien.
Ce ne fut pas le cas de Venosa, car la ville actuelle est nettement séparée de l’établissement d’origine, aujourd’hui réduit aux vestiges archéologiques que tu pourras visiter. La ville d’aujourd’hui s’est développée autrement, grâce aux interventions médiévales et Renaissance qui l’éloignèrent de l’antique Venusia romaine.
Depuis l’Antiquité, ce lieu jouit d’une certaine opulence grâce à sa proximité avec la voie Appienne, devenant un centre d’échanges et de commerce. Les vestiges archéologiques romains de Venosa témoignent encore de cette richesse.
Que peut-on y voir ?
Un amphithéâtre, des thermes et plusieurs domus d’une certaine importance ont émergé de cette terre, dont nous conservons encore de précieuses mosaïques.
Le parc archéologique de Venosa n’est pas immense, mais il donne le sentiment de marcher à travers les siècles, dans un labyrinthe de rues, jusqu’à entrer dans les maisons où vivaient nos ancêtres. Il m’a beaucoup rappelé le parc archéologique de Paestum : si tu n’y es jamais allé, je te le recommande absolument.
Mais l’histoire qui te frappera le plus est celle de l’abbaye de Venosa.
Laisse-moi te raconter ce qui s’est passé !
Entre la fin du Ve et le début du VIe siècle, un complexe paléochrétien avec une basilique s’éleva à Venosa, construit en réutilisant les vestiges d’édifices romains plus anciens (une domus et des thermes). Selon la tradition locale, un temple païen se serait trouvé ici encore avant ; c’est un récit fascinant, quoique difficile à documenter. L’église ancienne se visite encore et, à l’intérieur, tu verras d’importants restes de mosaïques et les fondations les plus anciennes.
Après les invasions barbares, la ville et l’église passèrent sous domination lombarde, qui entama les premiers travaux sur le sanctuaire, avec les décorations stylisées typiques encore visibles aujourd’hui dans le portique.
Mais c’est avec l’arrivée des Normands, entre le XIe et le XIIe siècle, que tout changea. L’église ancienne fut consacrée en 1059 et, peu après, la famille normande des Hauteville décida de faire de ce monastère bénédictin l’un des plus importants du sud de l’Italie, lançant la construction d’un édifice encore plus majestueux.
Malheureusement, les choses ne se passèrent pas comme prévu.
Voici pourquoi !

Les Hauteville et l’abbaye inachevée de Venosa
À l’intérieur de l’église de la Sainte-Trinité de Venosa reposent les sépultures de personnages très importants de la famille Hauteville. Parmi eux, le condottiere normand Robert Guiscard et sa première épouse Alberada, dans de très beaux tombeaux monumentaux. Ici reposent aussi les frères aînés de Guiscard, protagonistes de la conquête normande du Sud : la Trinité de Venosa était, de fait, le mausolée de la dynastie.
La famille Hauteville régna sur le Sud pendant plus d’un siècle, et l’importance de ce centre la poussa à faire pression sur les moines pour qu’ils agrandissent l’abbaye de Venosa. C’est ainsi qu’au XIIe siècle commencèrent les travaux d’agrandissement, qui prolongèrent l’abside bien au-delà de l’église d’origine.
La nouvelle église de Venosa devait être énorme, pour accueillir un grand nombre de fidèles : elle fut conçue sur une surface de plus de 2 000 mètres carrés, avec un large transept et un chœur à trois absides.
L’histoire, pourtant, prit un tout autre tour.

L’abbaye de Venosa, géant solitaire
C’est l’histoire la plus vieille du monde. On commence avec de grands idéaux et des projets majestueux, sans regarder à la dépense, jusqu’à ce que les créanciers se mettent à frapper à la porte.
À Venosa, c’est exactement ce qui est arrivé !
Les travaux, entamés vers le milieu du XIIe siècle, ralentirent à cause des finances chancelantes du monastère. Le coup de grâce arriva lorsque les Bénédictins furent supprimés par le pape Boniface VIII en 1297 et contraints de quitter Venosa. Le complexe passa alors aux Chevaliers Hospitaliers, les futurs Chevaliers de Malte, qui s’installèrent toutefois dans la ville, laissant l’abbaye de Venosa livrée à elle-même et le grand chantier à jamais inachevé.
Heureusement, une grande partie de la structure a été récupérée et aujourd’hui ce géant solitaire fait partie du parc archéologique : tu peux le visiter avec le même billet d’entrée.
À l’intérieur, les formes romanes sont encore visibles, mais ce qui te surprendra vraiment est autre chose.
Alors qu’aujourd’hui nous tendons à préserver les structures antiques dans leur état d’origine, au Moyen Âge il était normal de réutiliser les pierres anciennes pour bâtir de nouveaux édifices. Les moines de l’abbaye de Venosa adoptèrent eux aussi cette stratégie, et la proximité des ruines romaines était une occasion parfaite. Si tu observes attentivement les murs de l’église, tu trouveras de nombreuses pierres manifestement « empruntées » aux structures voisines : les marbres pris à l’amphithéâtre, mais aussi des blocs portant des bas-reliefs d’évidente origine romaine.
Il y a plus, et c’est le détail que je trouve le plus émouvant. Parmi les blocs réemployés figurent aussi de nombreuses dalles portant des inscriptions en hébreu, datant d’environ le IXe siècle et provenant d’une aire funéraire proche de l’amphithéâtre. Venosa abritait en effet une importante communauté juive, dont subsistent les évocatrices catacombes juives creusées dans la colline de la Maddalena. En longeant les murs de l’Incompiuta, tu as donc devant toi un véritable palimpseste de peuples : Romains, chrétiens, Lombards, Normands et Juifs, les uns sur les autres.
Quand tu te promèneras parmi les vestiges inachevés de l’abbaye de Venosa, prends ton temps. Errer dans ces ruines te remplira de mélancolie et ne te laissera qu’une vague idée de ce que cette œuvre monumentale aurait pu devenir.

La ville et l’abbaye de Venosa aujourd’hui
L’abbaye de Venosa était l’une des plus importantes du sud de l’Italie et, aujourd’hui encore, l’une des plus significatives de Basilicate. Mais la ville n’est pas célèbre uniquement pour cet édifice extraordinaire.
Sais-tu où naquit Horace ?
Ici même, à Venosa, le 8 décembre 65 av. J.-C. Quintus Horatius Flaccus, l’un des plus grands poètes latins, celui du célèbre carpe diem, était fils d’un affranchi et naquit dans cette colonie romaine à la frontière entre l’Apulie et la Lucanie. En ville, on conserve la prétendue maison d’Horace : il s’agit en réalité, très probablement, des vestiges d’un édifice thermal romain, mais la tradition y a vu la demeure du poète, et la ville lui rend hommage avec la Piazza Orazio et sa statue.
Il y a ensuite la fontaine angevine, de 1298, la fontaine de Messer Oto, avec un lion romain, et la fontaine de San Marco, toutes deux du XIVe siècle. Les trouver est très simple, tu n’auras pas à chercher longtemps !
Parmi les ruelles de Venosa se dressent divers palais du XVIe siècle, des églises baroques et de petites venelles. On arrive enfin au superbe château de Pirro del Balzo, de 1470, qui abrite aujourd’hui le Musée archéologique national « Mario Torelli », entièrement rénové en 2021.
Voici une curiosité !
En ville se trouve aussi la fameuse colonne de l’amitié de Venosa, elle aussi d’époque romaine : selon la tradition, elle garantit une amitié éternelle si l’on en fait le tour main dans la main. Je trouve que c’est une chose très romantique à faire avec une personne qui te tient particulièrement à cœur.

Informations pratiques pour visiter Venosa
Ces pierres ont encore tant d’histoires à raconter et, sans une personne experte du lieu, tu risques non seulement de ne pas leur accorder l’importance qu’elles méritent, mais aussi de passer à côté de détails très intéressants.
À l’intérieur des thermes romains, par exemple, tu pourras reconnaître le vestiaire et la belle mosaïque du frigidarium, tandis que dans le tepidarium et le calidarium tu trouveras les anciens fours qui servaient à chauffer l’eau. La Basilicate, on le sait, n’est pas une terre riche en eau, et construire des thermes pouvait sembler risqué : c’est pourquoi, dès le IIe siècle, les Romains avaient réalisé deux citernes avec un grand bassin central pour recueillir l’eau de pluie.
Le parcours comprend l’amphithéâtre, l’église de la Sainte-Trinité et, en apothéose, l’abbaye inachevée de Venosa. Avec le même billet, tu peux aussi visiter le musée du château.
Quelques informations utiles, à revérifier toujours avant de partir :
- Billets : entrée au parc archéologique environ 3 €, au musée environ 4 €, billet combiné musée + parc environ 5 € (un billet « circuit » incluant aussi le musée de Melfi tourne autour de 6 €). Gratuit le premier dimanche du mois.
- Horaires : généralement tous les jours de 9 h à 20 h, le mardi ouvert seulement l’après-midi (14 h-20 h).
- Comment s’y rendre : Venosa est à environ une heure de voiture de Matera et un peu plus de Potenza ; c’est le choix parfait pour une excursion à la journée en explorant la Basilicate.
Et si tu veux clore la journée en beauté, rappelle-toi que Venosa est la patrie de l’Aglianico del Vulture DOC, l’un des grands rouges du Sud : une visite de cave avec dégustation est la meilleure façon de laisser parler aussi le territoire, et pas seulement les pierres.
Et toi, aimerais-tu marcher sous le ciel ouvert de cette cathédrale jamais achevée, ou as-tu déjà eu la chance de te perdre parmi les ruines de Venosa ?
