Si tu penses visiter Pistoia et que tu ne sais pas par où commencer, tu es au bon endroit.

J’y suis arrivée presque par hasard, pendant un week-end que j’avais organisé autour de Pise et de Lucques. J’avais une demi-journée de libre et je l’ai passée ici, sans rien attendre de particulier. Ce fut la plus belle surprise de ce voyage.

Car Pistoia est l’une des villes les plus négligées de Toscane, écrasée entre des voisines bien plus célèbres, et c’est exactement pour cela qu’elle mérite ton temps : un centre historique médiéval intact, un chef-d’œuvre d’orfèvrerie sans rival en Europe, et aucune des files d’attente qui t’attendent à Florence.

Je ne suis pas la seule à le dire : en 2017 Pistoia a été Capitale italienne de la culture, choisie parmi neuf villes finalistes (il y avait aussi Côme, Parme, Pise, Spolète et Tarente). La distinction est venue récompenser son patrimoine artistique et architectural, et la façon dont la ville le raconte.

Si tu voyages en Toscane en voiture, Pistoia se trouve à mi-chemin entre Lucques et Florence. Si tu viens en train, c’est encore mieux : la gare est à dix minutes à pied de la cathédrale, tu peux donc arriver et commencer à marcher.

Dans cet article je te raconte que voir à Pistoia en un jour, dans l’ordre où je l’ai parcourue.

C’est parti !

1 – La piazza del Duomo, le salon médiéval de Pistoia

Tout ce qui compte à Pistoia donne sur une seule place, et c’est là sa chance : la piazza del Duomo réunit la cathédrale, le campanile, le baptistère, le Palazzo Comunale et le Palazzo Pretorio.

Y arriver par les ruelles étroites du centre est un petit coup de théâtre. L’espace s’ouvre d’un coup et tu te retrouves entourée de marbres blancs et verts sur trois côtés, avec le campanile qui t’oblige à lever la tête.

C’est une place encore vivante, pas un décor pour touristes : on y fait le marché, on y prend le café, les jeunes s’assoient sur les marches. Prends cinq minutes pour la regarder avant d’entrer quelque part.

Le campanile de la cathédrale de Pistoia vu à travers une arche de la piazza del Duomo

2 – La cathédrale San Zeno

Un article sur que voir à Pistoia ne peut que commencer par sa cathédrale.

La cathédrale San Zeno est bien plus ancienne qu’elle n’y paraît : ses origines remontent probablement au Xe siècle, même si l’aspect que tu vois aujourd’hui résulte de siècles de remaniements. Entre 1379 et 1449 la façade romane s’est enrichie du portique et des trois ordres de loges qui lui donnent ce rythme si pisan, à bandes blanches et vertes.

Mets-toi sur la pointe des pieds devant le portail central, car c’est là que se trouve la pièce que presque tout le monde manque : la lunette en terre cuite émaillée d’Andrea della Robbia, réalisée en 1504-1505, avec la Vierge à l’Enfant entre deux anges. Un bleu qui, après cinq cents ans, semble sortir du four.

À l’intérieur, l’ambiance est plus sobre que tu ne l’imagines, car entre 1598 et 1614 l’intérieur a été repris dans le goût baroque (la tribune à coupole est un projet de Jacopo Lafri). Mais les belles choses sont là, il suffit de les chercher :

  • les fonts baptismaux de 1497, sculptés par Andrea Ferrucci da Fiesole et Jacopo del Mazza sur un dessin de Benedetto da Maiano, avec le Baptême du Christ et les scènes bibliques autour ;
  • le tabernacle du XVe siècle de San Donato ;
  • la crypte, où survivent colonnes et fragments sculptés médiévaux enfouis sous terre quand on a fait place à l’autel baroque.

L’entrée de la cathédrale est gratuite et la visite se fait en dehors des offices.

Le couronnement du campanile de la cathédrale de Pistoia avec ses trois loges

3 – L’autel d’argent de saint Jacques, le vrai trésor de Pistoia

Si je devais sauver une seule chose de Pistoia, je sauverais celle-ci.

Dans la chapelle de San Jacopo, à droite, se trouve l’autel d’argent de saint Jacques : un mur d’argent repoussé avec des centaines de figures, des histoires de l’Ancien et du Nouveau Testament, des saints, des prophètes, des émaux. Il est considéré comme le plus grand ouvrage d’orfèvrerie sacrée du Moyen Âge européen, et quand tu es devant, tu comprends pourquoi.

Ce n’est pas l’œuvre d’un seul artiste, et c’est la partie que je préfère : une douzaine de maîtres y ont travaillé entre 1287 et le milieu du XVe siècle. En 1316 l’Opera confia le grand panneau central à Andrea di Jacopo d’Ognabene, qui y sculpta les histoires du Nouveau Testament. Et vers 1400, avant de devenir l’homme de la coupole de Florence, un très jeune Filippo Brunelleschi y mit aussi la main : on lui attribue certaines figures de saints et de prophètes.

Mais pourquoi tout cet argent à Pistoia précisément ?

À cause d’une relique. En 1145 l’évêque Atto obtint de l’archevêque de Compostelle Diego Gelmírez un fragment du crâne de l’apôtre Jacques : la seule relique jacobéenne officiellement reconnue en Italie. Dès lors Pistoia devint une étape pour les pèlerins en route vers Saint-Jacques, à tel point qu’on l’appelle encore la « petite Compostelle ». L’autel est la réponse de la ville à ce cadeau : quatre siècles d’argent accumulé pour le conserver dignement.

Pour l’admirer on paie quelques euros (2 € lors de ma visite, mais vérifie sur place). C’est l’argent le mieux dépensé de la journée.

La curiosité : le voleur qui finit en Enfer

Voici un détail qui te fera regarder la sacristie autrement. Au début de 1293 le trésor de San Jacopo fut dérobé, et le coupable fut Vanni Fucci, Pistoiais du parti Noir. Ce vol sacrilège lui valut une place dans la septième fosse de l’Enfer de Dante, aux chants XXIV et XXV, où Dante le rencontre mordu par les serpents et l’entend lancer à Dieu le geste le plus grossier qu’on puisse imaginer.

Dante, qui avait une très mauvaise opinion de Pistoia, en profite pour souhaiter à la ville de se réduire en cendres. Je dirais qu’elle s’est bien vengée.

4 – Le campanile, 67 mètres sur une tour lombarde

Le campanile de la cathédrale de Pistoia est le symbole de la ville, et il ne ressemble à aucun autre campanile toscan.

La raison est qu’il n’est pas né campanile : à sa base il y a une ancienne tour lombarde, réadaptée au fil des siècles et (selon Vasari) restructurée par Giovanni Pisano. Au-dessus du fût de pierre s’ouvrent trois ordres de loges à colonnettes blanches et vertes, de goût pisan-lucquois, et au sommet courent les merlons gibelins en queue d’aronde. La flèche en terre cuite a été refaite plusieurs fois, d’abord à cause des tremblements de terre médiévaux, puis lors des restaurations du début du XXe siècle.

Il atteint 66,85 mètres avec la croix, soit les 67 mètres que tu liras partout, et compte neuf niveaux. À l’intérieur il y a encore une cloche de 1314.

On peut le monter, plus de deux cents marches, pour une vue à 360 degrés sur la Toscane. Attention toutefois : au moment où j’ai mis à jour cet article (juillet 2026) les visites du campanile étaient indiquées comme temporairement suspendues. Avant de compter sur cette vue, passe à l’office de tourisme IAT sur la piazza del Duomo ou appelle la cathédrale.

5 – Le baptistère de San Giovanni in Corte

Juste en face de la cathédrale se dresse le bâtiment qui m’a le plus convaincue, esthétiquement : le baptistère de San Giovanni in Corte, un octogone entièrement revêtu de marbre blanc et vert, d’une grande élégance.

La décision de le construire fut prise en 1303. Les travaux du revêtement extérieur furent confiés vers 1325 à Cellino di Nese, sur un dessin d’Andrea Pisano, et s’achevèrent vers 1339 : plus de trente ans pour faire un habit à un édifice, ce qui est à peu près la définition du gothique toscan.

À l’intérieur, la surprise : les fonts baptismaux sont bien plus anciens que le baptistère qui les abrite. Une restauration de 1975 a révélé sur les panneaux à motifs floraux la date de 1226 et le nom du sculpteur, Lanfranco da Como. Une cuve qui a baptisé les Pistoiais pendant huit siècles.

Statue en marbre de saint Jean-Baptiste tenant la coquille du baptême

6 – Palazzo Comunale, Palazzo Pretorio et le Museo Civico

Sur la même place se font face les deux palais du pouvoir.

Le Palazzo Comunale fut commencé en 1294 comme siège des Anziani et du Gonfalonier de Justice, les magistratures qui gouvernaient la ville. Regarde les arcs de la façade : au-dessus de chacun il y a un blason, et ensemble ils racontent toute l’histoire politique de Pistoia en trois symboles. Au centre les armes guelfes, à droite celles de la ville, à gauche le lys de Florence, qui est la façon élégante de dire qui commandait à la fin.

À l’intérieur se trouve le Museo Civico d’arte antica, avec la peinture pistoiaise du XIIIe au XIXe siècle : petit, tranquille, et sans aucune file d’attente.

À côté, le Palazzo Pretorio (ou du Podestat) fut construit en 1367 pour accueillir le podestat et ses hommes, c’est-à-dire la police et la justice. Ce qu’il faut voir, c’est la cour, tapissée de blasons en pierre, marbre, terre cuite et fresque, laissés par les magistrats qui se sont succédé ici. Beaucoup sont pourtant des réfections de la restauration du XIXe siècle, ne te fie donc pas trop aux patines.

Un détail que j’adore et qu’aucun guide ne te signale : sous le portique du Palazzo Comunale est scellée une plaque de comparaison des mesures, avec le double braccio toscan et le mètre côte à côte, en deux barres de fer. C’est le moment exact où l’Italie unifiée a classé les mesures locales, laissé là à lire sur le mur.

Sous le portique du Palazzo Comunale de Pistoia, à côté d’une sculpture en bronze

La plaque comparant le double braccio toscan et le mètre à Pistoia

7 – Les églises de Pistoia (où se cachent les chaires)

Voici la partie qui fait de Pistoia une petite capitale de la sculpture médiévale. En quelques minutes à pied tu trouves trois églises avec trois chefs-d’œuvre, et l’entrée est libre partout.

Sant’Andrea a une façade à bandes vertes et blanches avec un portail extraordinaire : l’architrave sculptée par Gruamonte raconte le voyage des Mages, avec les cavaliers en file qui semblent sortis d’une enluminure. Mais la raison d’entrer est à l’intérieur, et je lui ai consacré un article entier : la chaire de Giovanni Pisano, achevée en 1301, l’un des sommets de la sculpture gothique européenne.

San Giovanni Fuorcivitas se présente à toi de flanc, et ce flanc fait trente mètres de long, à rayures de marbre blanc et vert de Prato, construit entre le XIIe et le XIVe siècle. Il est si spectaculaire qu’on oublie qu’il n’est qu’un côté. À l’intérieur il y a la chaire de 1270 de Fra Guglielmo da Pisa, élève de Nicola Pisano, et la Visitation de Luca della Robbia (vers 1445), groupe en terre cuite émaillée blanche : le plus ancien exemplaire en ronde-bosse de cette technique sorti de son atelier.

La basilique de la Madonna dell’Umiltà est la surprise renaissante. Conçue sur une idée de Giuliano da Sangallo et construite par Ventura Vitoni, elle resta pendant des décennies un énorme corps octogonal sans toit qui dominait la ville. En 1561 Cosme Ier décida de l’achever et confia l’entreprise à Giorgio Vasari, qui redessina la coupole : 25 mètres de diamètre, 59 de hauteur. L’église fut ouverte au culte le 31 décembre 1582, et en 1584 Bartolomeo Ammannati et Jacopo Lafri achevèrent les consolidations. Oui : il y a une coupole de Vasari à Pistoia, et presque personne ne vient la regarder.

La façade de Sant’Andrea à Pistoia avec l’architrave du voyage des Mages de Gruamonte

8 – L’Ospedale del Ceppo et sa frise des Robbia

S’il te reste une heure, éloigne-toi de cinq minutes de la piazza del Duomo et va voir l’Ospedale del Ceppo. Au-dessus de la loggia court la plus belle frise en terre cuite émaillée que je connaisse sur un édifice civil.

Elle fut réalisée entre 1526 et 1528 par Giovanni della Robbia et Santi Buglioni. Les sept panneaux représentent les œuvres de miséricorde, alternées avec les vertus cardinales et théologales, avec une lunette du Couronnement de la Vierge et des médaillons aux scènes de la vie de Marie. Dans les panneaux apparaît aussi le commanditaire, l’administrateur de l’hôpital Leonardo Buonafede, portraituré en train d’accomplir lui-même les œuvres de charité.

La frise a une histoire interrompue : entre la mort de Giovanni della Robbia et l’arrivée de la peste le travail s’arrêta, et un panneau (celui de « donner à boire à ceux qui ont soif ») fut achevé cinquante ans plus tard par le Pistoiais Filippo di Lorenzo Paladini.

Mais ce qui la rend unique est autre chose : les personnages sont habillés comme au XVIe siècle et les scènes se déroulent dans des intérieurs contemporains. Ce n’est pas une scène sacrée hors du temps, c’est le reportage de la vie hospitalière d’une ville italienne du XVIe siècle, en céramique émaillée.

Dans le même complexe se visitent le petit musée des instruments chirurgicaux et le parcours de Pistoia Sotterranea, le long du torrent couvert qui coule sous l’hôpital.

S’il te reste du temps : Marino Marini

Pistoia est la ville natale de Marino Marini (1901-1980), l’un des plus grands sculpteurs italiens du XXe siècle, l’homme des chevaux et des cavaliers. Le Museo Marino Marini, dans le Palazzo del Tau, conserve un ensemble énorme de ses œuvres : sculptures, dessins, gravures et peintures.

Un avertissement cependant : ces dernières années le musée a connu une vie difficile, avec de longues fermetures et des ouvertures exceptionnelles sur réservation. Si Marini est la raison pour laquelle tu veux venir à Pistoia, vérifie d’abord qu’il est ouvert.

Brève histoire de Pistoia

L’histoire de cette ville commence bien avant les marbres blancs et verts.

Il y avait ici des établissements étrusques et, dans les montagnes, ligures. Au IIe siècle av. J.-C. les Romains firent de Pistoria un oppidum sur la via Cassia, la route qui reliait Rome à Lucques et Florence, avec la tâche de ravitailler les troupes engagées contre les Ligures de l’Apennin. Le nom vient peut-être précisément de cette fonction, des pistores, les boulangers qui moulaient le grain pour les légions : c’est l’hypothèse la plus répétée, pas une certitude.

Puis vient le moment où Pistoia entre dans l’histoire romaine avec un grand H. En 62 av. J.-C., dans la montagne pistoiaise, se livra la bataille qui mit fin à la conjuration de Catilina : Catilina mourut ici, et c’est Salluste qui nous le raconte.

Au Moyen Âge la ville devient commune libre en 1105 et en 1117 elle approuve le Statuto dei consoli, le plus ancien recueil écrit de lois d’une commune médiévale qui nous soit parvenu : un record dont les Pistoiais sont à juste titre fiers.

Ce fut aussi une ville querelleuse. La tradition veut que la division entre Blancs et Noirs soit née ici même, avant de contaminer Florence et de bouleverser la vie de Dante (qui, comme tu l’as lu, ne le lui a pas pardonné). La liberté s’acheva le 11 avril 1306 : après onze mois de siège Pistoia se rendit à Florence et Lucques.

Une dernière chose, qui explique le paysage que tu vois en arrivant : depuis le XVIIIe siècle cette plaine est l’un des plus grands districts de pépinières d’Europe. Les plantes ornementales de la moitié du continent naissent ici.

Informations pratiques pour visiter Pistoia

Comment y arriver. En train Pistoia est sur la ligne Florence-Lucques-Viareggio : depuis Florence Santa Maria Novella il faut environ 40 à 50 minutes avec les régionaux, depuis Lucques un peu plus. La gare est à quelques minutes à pied du centre, la voiture n’est donc pas nécessaire. En voiture tu es à mi-chemin entre Lucques et Florence, pratique comme étape.

Combien de temps il faut. Le centre se parcourt entièrement à pied en une journée tranquille. J’y suis restée une demi-journée et il m’a manqué le Ceppo et la Madonna dell’Umiltà, compte donc une journée pleine si tu veux tout voir sans courir.

Billets. La bonne nouvelle, c’est que presque tout est gratuit : cathédrale, Sant’Andrea, San Giovanni Fuorcivitas, Madonna dell’Umiltà. On ne paie que l’autel d’argent (quelques euros), le Museo Civico et les parcours du Ceppo. Vérifie toujours les horaires et les ouvertures avant de partir, surtout pour le campanile et le musée Marini.

Avec un guide. Comme les entrées coûtent ici peu ou rien, la seule chose qui vaille la peine d’être achetée à Pistoia, c’est le récit : tu trouveras ici les visites guidées et les expériences disponibles en ville, utiles si tu veux relier cathédrale, chaires et frises sans tout étudier à l’avance.

Quand y aller. Le printemps et le début de l’automne sont parfaits. En juillet la ville se remplit pour le Pistoia Blues, magnifique mais qui change complètement le rythme du centre.


Pistoia se trouve exactement au centre de l’un des triangles d’art les plus denses d’Italie, et le plus intelligent est de l’utiliser comme base ou comme étape. À quelques minutes de train t’attendent Pise et ses lieux les moins connus, la place des Miracles, les mystères de la cathédrale de Lucques et, un peu plus loin, Sienne. Si c’est la sculpture qui t’a conquise, il n’y a qu’une étape suivante : la chaire de Giovanni Pisano.

Et toi, l’avais-tu déjà envisagée comme destination ou l’as-tu toujours sautée pour aller à Florence ?