De l’extérieur, le château du Buonconsiglio semble d’un seul tenant, et c’est le malentendu à lever tout de suite : ce n’est pas un château, ce sont trois bâtiments construits à trois époques différentes et accolés les uns aux autres, qui se visitent à la suite sans jamais sortir.
On y passe deux heures et on traverse cinq siècles. On commence dans une forteresse du XIIIe siècle avec une tour cylindrique et un fossé, on termine dans une résidence Renaissance peinte à fresque par des artistes appelés de Brescia, de Ferrare et de Vicence, et au milieu se dresse une tour de garde qui abrite l’un des cycles profanes les plus importants du gothique européen.
Attention : le château ferme le lundi non férié. C’est le premier des deux jours de fermeture qui, à Trente, ne coïncident pas, puisque le Museo Diocesano, de l’autre côté de la ville, ferme le mardi.
Trois bâtiments, trois époques, et cela se sent en marchant
Pourquoi un château a-t-il besoin de deux heures quand ses salles se traversent en vingt minutes ? Parce que ce qu’on visite n’est pas un édifice avec des pièces, mais trois projets architecturaux différents restés accolés, et le saut du premier au deuxième est la raison pour laquelle on vient.
Les trois parties, dans l’ordre de construction :
- Castelvecchio, le noyau élevé vers le milieu du XIIIe siècle autour de la tour cylindrique.
- Le Magno Palazzo, la résidence Renaissance construite entre 1528 et 1536.
- La Giunta Albertiana, l’ajout du XVIIe siècle qui ferme le complexe.
De 1255 à 1796, les princes-évêques de Trente ont habité ici, cumulant l’autorité religieuse et la seigneurie temporelle sur la ville : c’est pour cela que cet édifice est en même temps une forteresse militaire et un palais.
Castelvecchio : la tour cylindrique et la loggia de Hinderbach
On entre par la partie la plus ancienne, et la première chose qu’on rencontre est la tour cylindrique que tout le monde appelle Torre d’Augusto. Le nom est faux et il vaut la peine de le savoir : elle n’a rien à voir avec Auguste ni avec l’époque romaine, c’est une attribution tardive qui s’est collée à la tour et n’en est jamais repartie.
La partie qui mérite en revanche un long regard est la cour aux loggias. C’est l’évêque Giovanni IV Hinderbach, en charge de 1465 à 1486, qui agrandit et embellit Castelvecchio, en ajoutant les erker, c’est-à-dire les oriels en saillie, et surtout la grande baie à meneaux de style gothique vénitien qui donne sur la ville.
Cette baie est la première chose qui dit de quel côté regardait Trente. Un évêque de langue allemande, dans une principauté impériale, se fait construire une fenêtre qui pourrait se trouver sur le Grand Canal : la ville était sur la route entre Vérone et le Brenner, et les modes remontaient l’Adige.
Le Magno Palazzo : un cardinal se construit un palais
Puis on franchit un seuil et on est dans un autre monde.
Le Magno Palazzo fut construit entre 1528 et 1536 à la volonté du cardinal Bernardo Cles (1485-1539), prince-évêque de Trente et homme politique de l’empire, et il est considéré comme l’une des résidences princières les plus importantes de l’Italie du Nord. Ce n’est pas un agrandissement du château : c’est une déclaration. Cles voulait une cour Renaissance comme celles de Mantoue et de Ferrare, et il se l’est construite contre la forteresse de ses prédécesseurs sans la démolir.
Le résultat est un édifice organisé autour d’une cour à loggia, avec les salles d’apparat à l’étage noble et les appartements privés au-dessus. La séquence à parcourir sans hâte comprend la loggia peinte, la Stua della Famea, la Camera del Camin Nero et la bibliothèque.
Le chantier de 1531 : Romanino, les Dossi et Fogolino
En 1531, l’architecture étant presque achevée, Cles commença à recruter les peintres. C’est ici que le Magno Palazzo devient un morceau d’histoire de l’art et non seulement d’histoire locale.
Ils arrivèrent, appelés de trois villes différentes :
- Dosso Dossi avec son frère Battista, de la cour de Ferrare, les peintres les plus inventifs de leur temps ;
- Girolamo Romanino, de Brescia, qui peignit la loggia ;
- Marcello Fogolino, de Vicence.
Pourquoi appeler trois ateliers de trois villes lointaines au lieu de tout confier à un seul ? Parce que Cles ne meublait pas une maison, il construisait son propre prestige : avoir sur le même chantier les peintres du duc de Ferrare et le meilleur des Brescians était, en 1531, une chose dont on parlait dans les cours.

Les réunir sur le même chantier fut un choix, non un hasard, et cela se voit : les salles n’ont pas un ton unique, elles changent de registre d’une pièce à l’autre, et reconnaître qui a peint quoi représente la moitié du plaisir de la visite.
La loggia de Romanino est le morceau à regarder le plus longtemps. Romanino y travaille au moment le plus libre de sa carrière, avec un répertoire de figures populaires, de musiciens et de scènes profanes qu’on n’attend pas dans une résidence cardinalice. Qui connaît sa peinture d’autel en Lombardie a du mal à le reconnaître.
La Torre Aquila est ici, mais se visite à part
Au bout du chemin de ronde crénelé qui part du château se dresse la Torre dell’Aquila, mentionnée pour la première fois en 1290 et parvenue à sa forme actuelle au XIVe siècle. Le prince-évêque Georges de Liechtenstein en fit une demeure privée et fit décorer le deuxième étage par le peintre bohémien maître Venceslas avec le Cycle des Mois.
Elle est dans le complexe, mais elle ne se visite pas comme les autres salles. Les entrées se font à heures fixes toutes les 45 minutes, accompagnées par le personnel, et on monte à une vingtaine de personnes par tour. Le billet du château doit être acheté au moins 45 minutes avant l’heure de la tour, et la visite demande un supplément.
Elle a un article à elle, car ce cycle, onze mois sur douze, mérite d’être lu scène par scène.
Lire aussi : Le Cycle des Mois de la Torre Aquila : ce que racontent les onze mois qui restent
Le Fossé du château, 12 juillet 1916
Il reste un dernier lieu, et il n’est pas peint.
Dans le fossé qui longe le flanc du château, le 12 juillet 1916, furent exécutées les sentences capitales contre Cesare Battisti et Fabio Filzi, capturés deux jours plus tôt et jugés à Trente. Battisti avait été député au parlement de Vienne pour le Trentin, et pour l’Autriche il était un sujet passé à l’ennemi.

Le Fossé est aujourd’hui un lieu de mémoire dans le parcours de visite. Il vaut mieux ne pas le sauter ni le traverser distraitement : c’est la raison pour laquelle ce château, dans l’histoire italienne du XXe siècle, est connu même de qui n’a jamais entendu parler de Bernardo Cles.
Informations pratiques
Données vérifiées le 6 septembre 2026 sur le site officiel du château du Buonconsiglio et sur la billetterie MidaTicket. Les prix et les horaires changent : vérifie de nouveau avant de partir.
Billets. Le plein tarif coûte 10 euros et comprend Castelvecchio, le Magno Palazzo, les jardins et les expositions temporaires. Le tarif réduit coûte 6 euros pour la tranche 15-26 ans et 8 euros pour les plus de 65 ans et les groupes de quinze personnes et plus. Le billet famille, deux adultes avec des mineurs, coûte 20 euros. La Torre Aquila demande un supplément de 2,50 euros et se réserve à part.
Attention : les deux pages officielles du château ne s’accordent pas sur le supplément de la Torre Aquila. L’une indique les 2,50 euros, l’autre déclare la tour comprise dans le billet et c’est la même page qui porte des informations de 2025. La billetterie officielle confirme seulement l’obligation d’acheter le billet du château avant de monter. Le chiffre ci-dessus vient de la page à jour : vérifie-le au moment de l’achat.
Horaires. Du 1er mai au 1er novembre, le château ouvre du mardi au dimanche 10.00-18.00. Du 2 novembre au 6 janvier et du 1er janvier au 30 avril, il ouvre 9.30-17.00. Il ferme chaque lundi non férié et le 25 décembre. Le troisième vendredi de chaque mois, il reste ouvert le soir.
Gratuités. L’entrée est gratuite pour les enfants jusqu’à 14 ans.
Comment arriver. Le château se trouve via Bernardo Clesio 5, à dix minutes à pied de la gare de Trente et à huit minutes en montée de la piazza Duomo. En voiture, mieux vaut un parking souterrain du centre, car le quadrilatère historique est en zone à trafic limité.
Combien de temps cela demande. Castelvecchio et le Magno Palazzo demandent une heure et demie à un rythme tranquille. Avec la Torre Aquila et l’attente du créneau, on arrive à deux heures et demie. Les expositions temporaires, quand il y en a, ajoutent une demi-heure.
Le château qui vaut le voyage, et pourquoi
Le Buonconsiglio n’est pas un château de carte postale, et qui y arrive en s’attendant à des créneaux et à des armures en ressort déconcerté. Ce qu’il offre est plus rare : la possibilité de passer, en quelques minutes de marche, d’une forteresse médiévale à une cour Renaissance complète, peinte par trois ateliers différents appelés exprès de trois villes lointaines.
Et la ville que ce château dominait vaut les deux jours qu’elle demande : ci-dessous, l’itinéraire complet, avec les deux jours de fermeture qui ne coïncident pas.
Photographies : l’extérieur du château par Alice90 (CC BY-SA 4.0), la loggia de Romanino par Laurom (CC BY-SA 3.0), le Fossé par SveMi (CC BY-SA 4.0), depuis Wikimedia Commons.
Lire aussi : Que voir à Trente en deux jours et La cathédrale de Trente et Santa Maria Maggiore, les lieux du Concile
Si tu préfères te faire raconter les salles en les traversant, la visite guidée du château dure deux heures et comprend aussi les fresques de la Torre Aquila.
