Le Concile de Trente ne s’est pas tenu dans un palais, ni dans une salle construite pour cela. Il s’est tenu dans deux églises situées à dix minutes à pied l’une de l’autre, et qui se visitent toutes les deux en une matinée.
La première est la cathédrale de San Vigilio, sur la piazza Duomo, où le Concile s’ouvrit le 13 décembre 1545 et où il fut solennellement clos le 4 décembre 1563. La seconde est la basilique de Santa Maria Maggiore, sur la piazza di Fiera, qui accueillit les congrégations de la troisième et dernière phase.
Ce sont deux édifices très différents, et la différence raconte à elle seule les dix-huit ans qu’a duré le Concile : une cathédrale romane commencée au XIIIe siècle et une église Renaissance construite en quatre ans par un cardinal qui voulait impressionner l’Europe.
Les bonnes nouvelles pratiques sont au nombre de deux : entrer dans les deux est gratuit, et la cathédrale est le seul monument important de Trente qui ne ferme jamais un jour par semaine.
La cathédrale : un chantier long de trois siècles
Qu’est-ce qui distingue la cathédrale de Trente de n’importe quelle cathédrale romane du nord de l’Italie ? Le fait qu’aucune ville ne l’a construite, mais une principauté : celui qui commandait à Trente était en même temps évêque et seigneur temporel, et la cathédrale est son édifice de représentation.
Les travaux prirent forme en 1212, quand le prince-évêque Federico Vanga en confia la direction à maître Adamo d’Arogno. À partir de là, le chantier se poursuivit pendant plus d’un siècle, porté par des générations de maçons comacins et de la Val d’Intelvi, c’est-à-dire par les tailleurs de pierre lombards qui, en ces décennies, travaillaient dans la moitié de l’Europe.
Le résultat se lit sur la pierre : les lunettes des portails, les lésènes, les chapiteaux forment un catalogue de sculpture architecturale accumulée dans le temps, avec des différences de main qu’on remarque en regardant deux chapiteaux voisins.
Les escaliers en colimaçon, ce qu’on regarde en premier
Sur le front du transept courent deux escaliers en colimaçon à découvert, protégés par une arcature, qui montent le long du mur.
Ce sont les éléments les plus photographiés de la cathédrale et les plus mal compris : ce ne sont pas des ornements, ce sont des passages de service qui menaient aux tribunes et aux niveaux supérieurs, laissés à la vue au lieu d’être cachés dans l’épaisseur de la maçonnerie. Dans la septième travée de la nef droite se trouve l’accès à un autre escalier hélicoïdal, celui qui monte aux tribunes absidales.
La raison pour laquelle ils marquent les esprits, c’est qu’ils rompent la règle : une cathédrale romane montre d’ordinaire des surfaces pleines, et ici un élément de circulation devient la décoration principale.
Sous l’autel : la basilique paléochrétienne de San Vigilio
Sous le presbytère, avec l’accès sous le maître-autel, on descend dans un second édifice, et c’est la plus grande surprise de la piazza Duomo.
Que fait une église entière sous le sol d’une autre église ? Elle est là parce que personne ne l’a démolie : la cathédrale du XIIIe siècle a été construite au-dessus de ce qui existait, en remblayant le niveau ancien au lieu de l’emporter, et c’est pour cela qu’on y marche aujourd’hui.
C’est la basilique paléochrétienne de San Vigilio, la zone archéologique de l’ecclesia du IVe siècle qui se dressait ici avant la cathédrale, mise au jour par les fouilles et visitable aujourd’hui. Sous les pieds restent des pavements, des maçonneries et des sépultures : c’est le lieu où Trente était déjà un siège épiscopal neuf siècles avant qu’Adamo d’Arogno ne pose la première pierre.
Attention : la basilique souterraine ne suit pas les horaires de la cathédrale. Elle est gérée par le Museo Diocesano Tridentino et ferme le mardi, c’est-à-dire un jour où le Duomo au-dessus est régulièrement ouvert. On peut donc entrer dans la cathédrale et trouver l’étage du dessous fermé.
La chapelle du Crucifix, où le Concile a signé
Sur le flanc méridional de la cathédrale s’ouvre une chapelle baroque à plan carré avec coupole, qui jure avec tout le reste et qui a une raison précise d’exister.
Elle fut élevée entre 1682 et 1687 par le prince-évêque Francesco Alberti Poja, et elle servait à donner un siège digne à un objet : le crucifix du Concile, sculpté dans le bois au début du XVIe siècle par le sculpteur allemand Sixtus Frei. C’est le crucifix devant lequel furent promulgués les décrets conciliaires, et c’est la raison pour laquelle une cathédrale romane porte une chapelle baroque.
Les séances de la première et de la deuxième phase du Concile se tinrent dans le chœur. Le 4 décembre 1563, le synode fut clos ici, et le lendemain deux cent dix-sept pères conciliaires signèrent les actes sur le maître-autel.
Santa Maria Maggiore, l’église de la dernière phase
À dix minutes à pied vers le sud, sur la piazza di Fiera, se trouve l’autre moitié de l’histoire.
Santa Maria Maggiore fut construite entre 1520 et 1524 à la volonté du prince-évêque Bernardo Cles, sur un projet d’Antonio Medaglia, sur les restes d’une église médiévale dédiée à Santa Maria ad Nives. C’est le même Cles que celui du Magno Palazzo au château du Buonconsiglio, et la coïncidence n’est pas fortuite : c’étaient les années où il réécrivait l’aspect de la ville.

À partir du 13 avril 1562, l’église accueillit les congrégations de la troisième et dernière phase du Concile. Pour cela, une tribune semi-circulaire en bois fut montée dans la nef, puis démontée à la fin des travaux. En 1902, le peintre Sigismondo Nardi décora la voûte de scènes du Concile, ce qui est la manière dont le XIXe siècle a voulu se souvenir de ce qui s’était passé ici.
La tribune des Grandi, le morceau qui vaut le détour
Dans Santa Maria Maggiore se trouve une œuvre qui justifie à elle seule les dix minutes de marche : la tribune d’orgue, sculptée par les Vicentins Vincenzo et Girolamo Grandi.
C’est une tribune en pierre à reliefs et figures, d’une virtuosité qui surprend dans ce contexte : nous sommes dans une église construite à la hâte, et la tribune est au contraire un travail de sculpture très lent, de ceux qu’on regarde de près pour en reconnaître les détails.
Autour se trouvent des retables de Giovanni Battista Moroni, Pietro Ricchi, Francesco Unterperger et Giambettino Cignaroli, et les volets de l’orgue du Duomo peints par Giovanni Maria Falconetto en 1508.
Le Museo Diocesano, qui détient toutes les clés
De l’autre côté de la piazza Duomo, dans le Palazzo Pretorio, se trouve le Museo Diocesano Tridentino, et mieux vaut savoir ce qu’on y trouve avant de décider d’entrer.

Le musée conserve le patrimoine artistique du diocèse du XIe au XIXe siècle : tapisseries flamandes, peintures, sculptures sur bois, orfèvrerie, et surtout les témoignages figurés du Concile, c’est-à-dire les images qui documentent l’aspect des séances. C’est là que le récit des deux églises se referme.
Son billet comprend la basilique paléochrétienne, et avec un supplément il comprend aussi la montée à la Tour civique, les 45 mètres qui ferment la place du côté du Palazzo Pretorio : 156 marches à pied, visite guidée d’une heure, dix personnes à la fois, avec des jours et des horaires qui changent chaque mois.
Informations pratiques
Données vérifiées le 6 septembre 2026 sur les sites officiels de la cathédrale de San Vigilio, du Museo Diocesano Tridentino et de la mairie de Trente. Les prix et les horaires changent : vérifie de nouveau avant de partir.
Billets. La cathédrale de San Vigilio et la basilique de Santa Maria Maggiore sont à entrée libre. La basilique paléochrétienne de San Vigilio coûte 3 euros en plein tarif et 2 en réduit si tu la visites seule, et elle est comprise dans le billet du Museo Diocesano Tridentino, qui coûte 7 euros en plein tarif et 5 en réduit. Le combiné avec la Tour civique coûte 12 euros en plein tarif et 10 en réduit.
Horaires. La cathédrale ouvre tous les jours 6.30-12.00 et 14.30-20.00. Santa Maria Maggiore ouvre du mardi au dimanche 9.00-18.00 et ferme le lundi. Le Museo Diocesano Tridentino ouvre 10.00-13.00 et 14.00-18.00 et ferme le mardi. La basilique paléochrétienne ouvre 10.00-12.00 et 14.30-17.30, le dimanche 14.30-17.30 seulement, et ferme le mardi.
Fermetures annuelles. Le Museo Diocesano et la basilique paléochrétienne ferment les 1er et 6 janvier, à Pâques, le 26 juin pour la fête de San Vigilio, le 1er novembre et le 25 décembre.
Gratuités. Au Museo Diocesano Tridentino, l’entrée est gratuite pour les moins de 14 ans, les détenteurs de la Guest Card Trentino et du Museum Pass, les personnes handicapées et leur accompagnateur, les enseignants et les guides touristiques agréés.
Comment arriver. La piazza Duomo est à dix minutes à pied de la gare de Trente. De la piazza Duomo à Santa Maria Maggiore, on marche dix minutes à plat, par la via Belenzani ou par la via Cavour. L’accès principal de la cathédrale se fait par la via Giuseppe Verdi ; la crypte et la sacristie n’ont pas de rampes.
Combien de temps cela demande. La cathédrale demande quarante minutes, la basilique paléochrétienne vingt, le Museo Diocesano une heure et demie. Santa Maria Maggiore en demande quarante. Au total, sans la Tour civique, c’est une matinée pleine.
Attention : la visite se fait sur la pointe des pieds. Ce sont deux églises en activité, non deux salles d’exposition, et les offices ont la priorité sur tout.
Deux églises et un décret
Qui arrive à Trente pour le Concile s’attend à un monument et trouve deux églises ordinaires, où les gens vont à la messe. C’est exactement cela qui les rend intéressantes : les décisions qui ont changé la peinture européenne pendant un siècle et demi ont été prises dans un chœur roman et sous une tribune de bois montée pour l’occasion.
Ce qui fut décidé, et l’effet que cela eut vraiment sur les tableaux, mérite un article à part.
Photographies : la cathédrale par Jakub Hałun, Santa Maria Maggiore et le Palazzo Pretorio par Falk2, toutes CC BY-SA 4.0, depuis Wikimedia Commons.
Lire aussi : Le Concile de Trente et l’art de la Contre-Réforme et Que voir à Trente en deux jours
Et si le Cles commanditaire t’intéresse plus que le Cles conciliaire, son Magno Palazzo se trouve au château du Buonconsiglio.
