Les monuments français de ce musée sont grandeur nature et ils sont tous faux. La Cité de l’architecture et du patrimoine occupe l’aile est du palais de Chaillot, celle qui regarde la tour Eiffel, a ouvert le 19 septembre 2007 et conserve plus de trois cent cinquante moulages en plâtre, des copies à l’échelle réelle de portails, de tympans, de chapiteaux et de sculptures des églises et des cathédrales de la moitié de la France.

Ici on ouvre à 11:00, plus tard que tu ne le crois, et on ferme le mardi, comme dans les deux autres musées de ce palais. Une partie est fermée pour travaux au moment où j’écris : le deuxième niveau de la galerie des peintures murales et des vitraux ne se visite pas, et quelques ascenseurs sont hors service.
Quel sens y a-t-il à traverser Paris pour voir des copies ?
On commence !
1. La galerie des moulages, où le Moyen Âge est à portée de main
Entre et marche jusqu’au fond sans t’arrêter, la première fois. La salle est longue, haute et pleine de la lumière des verrières, et sur le côté opposé s’alignent des portails entiers, des tympans, des colonnes à chapiteaux historiés, tous en plâtre et tous aux dimensions de l’original.
Puis reviens sur tes pas et approche-toi d’un chapiteau. Voilà ce que ce musée te donne et qu’une cathédrale ne te donne pas : ici les chapiteaux sont à hauteur de tes yeux. Dans l’église d’où il vient, un chapiteau comme celui-ci est en haut d’une colonne, dans la pénombre, et tu le regardes le cou tordu ; ici tu peux en faire le tour et compter les doigts des personnages. La copie ne remplace pas le monument : elle fait autre chose, et tu t’en aperçois en cinq minutes.
2. Le portail gothique et la toiture de fer et de verre
Lève la tête en marchant parmi les moulages plus tardifs, ceux du gothique flamboyant, avec leurs pinacles fins et leurs arcatures ajourées.

Au-dessus de toi, une structure de poutres de fer ajourées et de plaques de verre, et derrière les plâtres, des murs peints en rouge plein. C’est un rapprochement auquel tu ne t’attends pas : architecture médiévale française, couleur de musée contemporain et couverture d’un palais des années trente. Cherche les vitrines avec les maquettes : elles sont soixante au rez-de-chaussée, et elles donnent en petit ce que les moulages donnent en grand.
3. La voûte de Berzé-la-Ville, copiée avec toute sa courbure
Comment fait-on entrer dans un musée une fresque peinte sur une voûte ?
Comme ceci. Le musée conserve trente-six copies en trois dimensions de peintures murales, c’est-à-dire ni des photographies ni des toiles plates : des reproductions qui refont aussi la forme de la surface sur laquelle la fresque est peinte.

Regarde celle-ci. C’est l’abside de la chapelle des moines de Berzé-la-Ville, en Bourgogne : un Christ en majesté dans une mandorle, la robe rouge et ample, la main droite levée, et autour de lui, sur toute la courbe du cul-de-four, des apôtres et des saints serrés, dont l’un tient un phylactère aux lettres encore lisibles. La courbe du cul-de-four est la vraie, et la couleur est celle que la fresque avait quand la copie a été faite. Aux copies planes, le musée en ajoute quarante-huit autres, plus six de vitraux.
4. Le musée que Viollet-le-Duc avait en tête
L’idée que tu es en train de visiter est plus vieille que le palais qui l’abrite. En 1879, Eugène Viollet-le-Duc propose un musée de sculpture comparée où les moulages français seraient placés à côté de ceux d’autres pays, pour pouvoir les comparer : il naît en 1882 sous le nom de musée de Sculpture comparée, dans l’ancien palais du Trocadéro.
Il y avait eu un précédent, et il a mal fini : le musée des Monuments français d’Alexandre Lenoir, ouvert en 1795 pour sauver de la destruction révolutionnaire ce qui pouvait l’être, a été supprimé en 1816 sous la Restauration et ses œuvres ont été dispersées. Le nom, lui, est resté : le musée des moulages que tu visites s’appelle encore Musée des Monuments français, et c’est la troisième tentative française pour mettre ses propres monuments à l’abri.
5. La galerie d’architecture moderne, et l’appartement de Le Corbusier
Monte à l’étage de l’architecture moderne et contemporaine, qui couvre de 1851 à aujourd’hui avec trois cents maquettes et environ neuf cents dessins. C’est la partie que les touristes sautent et que les architectes ne sautent pas.
À l’intérieur se trouve la chose la plus étrange du musée : la reproduction grandeur nature d’un appartement type de l’Unité d’habitation de Marseille, celle de Le Corbusier. Tu y entres, tu traverses le séjour à double hauteur, tu montes l’escalier intérieur et tu comprends en trente secondes une chose que les plans ne disent pas, c’est-à-dire à quel point il est étroit et à quel point il est haut. Je ne te le montre pas en photographie, et dans la section suivante je te dis pourquoi.
6. Pourquoi tu ne trouves pas de photographies libres de cette partie
Pourquoi un musée plein de copies a-t-il un problème de droit d’auteur ?
Parce que les moulages sont des copies de monuments médiévaux, et que ceux-là sont libres depuis des siècles, mais que la galerie moderne expose des œuvres du XXe siècle. En France, une œuvre reste protégée soixante-dix ans après la mort de l’auteur, et Le Corbusier est mort en 1965 : jusqu’en 2035, son appartement type ne peut pas être photographié et publié sur un site comme celui-ci, qui héberge des liens d’affiliation et fait donc un usage commercial.
Il vaut mieux le savoir avant, parce que cela explique une chose que tu remarquerais de toute façon : en cherchant ce musée en ligne, tu trouves à répétition les mêmes portails romans et presque aucune image de l’étage. Le déséquilibre n’est pas celui du musée : c’est celui du calendrier du droit d’auteur.
Informations pratiques
Données vérifiées le 25 septembre 2026 sur le site officiel citedelarchitecture.fr. Les prix et les horaires changent : revérifie avant de partir.
Billets. Le musée publie sur sa propre page un billet unique à 13 euros, qui comprend l’exposition temporaire et les collections permanentes, et un tarif réduit à 10 euros pour les moins de 25 ans non-résidents de l’Union européenne. Il existe aussi un billet pour les seules collections permanentes, dont le musée ne publie pas le prix : demande-le à la caisse. Gratuités. L’entrée est gratuite pour tous le premier dimanche du mois. Les autres gratuités sont listées dans les conditions particulières du musée. Horaires. Le musée ouvre tous les jours sauf le mardi, de 11:00 à 19:00, et la billetterie ferme à 18:20. Le jeudi, il reste ouvert jusqu’à 21:00, avec la billetterie jusqu’à 20:20. Fermetures. Il ferme le mardi ; les fermetures annuelles, le musée ne les publie pas sur sa page. Travaux en cours. Le deuxième niveau de la galerie des peintures murales et des vitraux est fermé, et quelques ascenseurs sont hors service. Paris Museum Pass. Le musée l’accepte, mais il demande de réserver un créneau horaire même avec le pass. Y aller. L’entrée est au 1 place du Trocadéro. L’arrêt est Trocadéro, sur les lignes 6 et 9, devant le palais. Combien de temps prévoir. Les six étapes demandent deux heures, et la seule galerie des moulages en mérite une.
Les expositions en cours au musée, avec leurs dates, sont dans le tableau des expositions à Paris.
Où aller ensuite
Dans le même palais, avec des billets séparés, il y a le musée de l’Homme et le musée national de la Marine. En descendant vers la Seine, tu trouves le musée d’Art moderne de Paris, dont la collection permanente est gratuite, et le musée Guimet place d’Iéna. Et si les moulages t’ont donné envie d’un original gothique, la Sainte-Chapelle est de l’autre côté de la ville.
Crédits photographiques : galerie des moulages d’Architecture Patrimoine (CC BY-SA 3.0) ; copie de Berzé-la-Ville de Chatsam (CC BY-SA 3.0) ; portail gothique de HaguardDuNord (CC BY 3.0), depuis Wikimedia Commons.