Le Sacré-Cœur n’est pas une cathédrale, même si la plupart des touristes le croient : c’est une basilique, construite en moins de cinquante ans sur une colline sacrée depuis des siècles. Y entrer est gratuit, mais tout n’est pas aussi simple qu’il y paraît : la montée au dôme est payante et se fait sans ascenseur, et une fois dans la nef l’appareil photo reste dans la poche.

la basilique du sacre coeur vue du bas de l escalier, avec le dome blanc central, les petits domes et la pelouse verte au premier plan sous un ciel bleu

Si tu as déjà lu mon guide de Montmartre, tu sais que le Sacré-Cœur est l’une des étapes du quartier. Ici, en revanche, j’y entre pour de bon : l’histoire du vœu qui l’a fait construire, ce que tu vois en montant les 280 marches du dôme, pourquoi la crypte ne se paie pas et quelle est la taille de la mosaïque que tu as au-dessus de la tête dès que tu franchis la porte.

Pourquoi une basilique, et pourquoi justement ici, sur la plus haute colline de Paris ?

C’est parti !

1. Un vœu national après une guerre perdue

Le Sacré-Cœur naît d’une défaite, pas d’une victoire. En 1870-1871, pendant la guerre franco-prussienne, Paris est assiégée et la France perd l’Alsace et une partie de la Lorraine. Alexandre Legentil, un industriel parisien, fait le vœu de construire une église dédiée au Sacré-Cœur de Jésus. L’archevêque de Paris approuve le texte définitif du « vœu national » en 1872, et en 1873 l’Assemblée nationale vote la déclaration d’utilité publique du projet.

Suit un concours d’architecture, remporté par Paul Abadie, alors davantage spécialiste de la restauration d’édifices romans que de la construction de bâtiments neufs. Abadie propose un plan en croix grecque, orienté de façon que la façade regarde vers Paris, dans un style romano-byzantin que Paris, habituée au gothique et au classicisme, n’avait jamais vu.

Combien de temps a-t-il fallu, du vœu à la basilique que tu vois aujourd’hui ?

La première pierre est posée en 1875. L’édifice est pour l’essentiel achevé en 1914, mais la Première Guerre mondiale arrête tout : la consécration n’a lieu que le 16 octobre 1919, des mains du cardinal Vico, quarante-quatre ans après le début des travaux. La basilique que tu visites est donc plus jeune qu’elle n’en a l’air : elle a été consacrée il y a moins de cent vingt ans, alors que Notre-Dame en a plus de huit cents.

2. La pierre qui se lave toute seule

Quand tu regardes la façade de près, un détail finit par te frapper : elle est très blanche, même après plus d’un siècle de smog parisien. Ce n’est pas l’effet d’un entretien constant : la basilique est revêtue de pierre de Château-Landon, une pierre calcaire qui, au contact de la pluie, libère de la calcite, une substance qui blanchit la surface au lieu de la salir. Plus il pleut, plus le Sacré-Cœur reste clair. Le Vittoriano à Rome est blanc lui aussi, mais il est en marbre de Botticino.

De chaque côté du porche d’entrée tu remarqueras deux statues équestres en bronze : à gauche saint Louis, le roi croisé, à droite Jeanne d’Arc. Ce ne sont pas des détails décoratifs quelconques : ce sont les deux saints guerriers de la monarchie française, placés en garde d’un édifice né d’une défaite militaire.

le dome central du sacre coeur vu de pres, avec la lanterne surmontee d une croix, les petits domes de chaque cote et l une des statues equestres en bronze visible sur le toit au premier plan

3. La plus grande mosaïque que tu aies probablement vue sans le savoir

Qu’est-ce que cette paroi dorée qui brille dès que tu entres ?

C’est la mosaïque du chœur, dans l’abside au-dessus du maître-autel : 475 mètres carrés de tesselles, l’une des plus vastes au monde dans son genre. La mosaïque est l’œuvre de Luc-Olivier Merson, de H. M. Magne et de R. Martin, et elle a été inaugurée en 1923, trois ans après la mort de Merson.

Au centre se tient le Christ debout, les bras ouverts, qui montre le cœur doré dont la basilique tire son nom. À ses pieds, à genoux, la France est représentée sous les traits d’une femme en robe blanche qui lui offre la couronne, avec à côté l’archange saint Michel et sainte Jeanne d’Arc ; à la gauche du Christ, on voit la Vierge, et autour, sur plusieurs registres, des saints de l’Église universelle et des saints français. En dessous, une inscription en latin : Jesu Gallia poenitens et devota, « la France repentante et dévouée à Jésus ».

la mosaique doree de l abside avec le christ debout les bras ouverts, le coeur dore sur la poitrine, la france en robe blanche a genoux a ses pieds qui lui offre la couronne et l inscription jesu gallia poenitens sous l arc

À l’intérieur de la basilique, tu ne peux pas photographier librement : les photos sont interdites dans la nef centrale, par respect pour la prière, et pendant les messes. Elles sont en revanche permises dans les bas-côtés et dans le déambulatoire, la bande qui passe derrière l’abside. Pour une photographie professionnelle, il faut une autorisation du service de communication de la basilique.

4. Deux cent quatre-vingts marches, sans ascenseur

Est-ce que ça vaut la peine de payer pour monter au dôme, si le parvis est déjà un belvédère ?

Oui, pour une raison simple : depuis le parvis tu vois Paris avec la basilique dans le dos, depuis le dôme tu la vois à 360 degrés, avec Montmartre elle-même sous tes pieds. Mais mieux vaut le savoir avant d’arriver à la billetterie : il n’y a pas d’ascenseur. Le seul moyen de monter est un escalier en colimaçon étroit, et la page officielle de la visite le dit en ces termes : « l’unique façon de monter au dôme est de gravir 280 marches ». Il n’y a pas de toilettes le long du parcours, et la basilique déconseille la montée aux personnes qui ont des difficultés de mobilité, aux femmes enceintes et aux très jeunes enfants.

vue panoramique des toits de paris depuis la butte montmartre, avec les immeubles haussmanniens au premier plan et la silhouette de la ville qui se fond a l horizon sous un ciel nuageux

L’entrée du dôme est distincte de celle de la basilique : elle est à l’extérieur, après le contrôle de sécurité, et on descend vers la gauche dans le fossé qui fait le tour de l’édifice. Pas besoin de réserver, même pour les groupes : les billets s’achètent sur place, mais la billetterie ferme en milieu de journée pour la pause du personnel, en plus de s’arrêter de toute façon une demi-heure avant la fermeture du soir, avec dernier accès à 17:00 : si tu n’as qu’un seul créneau possible dans ta journée, mieux vaut arriver le matin.

5. La crypte, gratuite et peu mise en avant

Contrairement au dôme, la crypte ne fait pas l’objet d’un billet à part : le parcours guidé, qui dure environ quarante minutes et se fait uniquement en français, est à participation libre. Il n’a lieu que quatre jours par semaine, le mardi, le mercredi, le jeudi et le samedi à 16:00, et s’arrête en juillet et août. C’est la partie de la basilique que la plupart des visiteurs sautent, tout simplement parce qu’ils ne savent pas qu’elle existe : aucun panneau à l’entrée ne la signale autant que le dôme.

6. La cloche qui pèse comme trois éléphants

Dans le clocher, qui s’élève au nord du dôme, est suspendue la Savoyarde : une cloche d’environ 19 tonnes, fondue à Annecy-le-Vieux par la fonderie Paccard, arrivée à Paris en octobre 1895 et offerte par les quatre diocèses de la Savoie, la région redevenue française seulement en 1860. C’est l’une des cloches les plus imposantes du monde parmi celles qu’on peut mettre en branle, et le nom sous lequel elle est connue rappelle simplement la Savoie, qui l’a offerte.

7. Le point le plus haut de Paris, avec un bémol

Montmartre est la colline la plus haute de Paris : son point culminant, à l’intérieur de l’enceinte du cimetière du Calvaire, à côté de l’église Saint-Pierre, atteint 130,53 mètres au-dessus du niveau de la mer. Quand tu regardes le panorama, tu le regardes donc vraiment depuis le toit de la ville. Il y a pourtant une précision que presque personne ne signale : ce record concerne un sol privé. Dans l’espace public, le point le plus haut de Paris n’est pas à Montmartre mais à Belleville, à 128,5 mètres, soit deux mètres plus bas. La différence ne se voit pas à l’œil nu, mais c’est une bonne façon de comprendre pourquoi la vue d’ici est ce qu’elle est : tu n’es pas sur le point le plus haut dans l’absolu, tu es sur l’un des points les plus hauts d’où chacun peut regarder Paris gratuitement.

Informations pratiques

Données vérifiées le 8 octobre 2026 sur le site officiel sacre-coeur-montmartre.com. Les prix et les horaires changent : revérifie avant de partir.

Entrée de la basilique. Elle est gratuite, tous les jours de l’année, 6:30-22:30. Le premier jeudi de chaque mois, la basilique reste ouverte jusqu’à minuit pour l’adoration eucharistique. Dôme. Le billet coûte 8 euros pour les adultes à partir de 16 ans et 5 euros jusqu’à 15 ans. Les groupes d’au moins 20 personnes paient 6 euros (4 euros pour les enfants). Horaires 10:15-17:30, dernière entrée à 17:00 : la montée compte 280 marches à pied, sans ascenseur, et la billetterie ferme aussi en milieu de journée pour une pause. Les horaires et les ouvertures changent selon la saison et la météo. Crypte. Le parcours guidé dure environ 40 minutes, uniquement en français, à participation libre, le mardi, le mercredi, le jeudi et le samedi à 16:00. Il n’a pas lieu en juillet et août. Photos. Elles sont interdites dans la nef centrale et pendant les offices, et permises dans les bas-côtés et dans le déambulatoire. La photographie professionnelle demande l’autorisation de la basilique. Accès pour les personnes à mobilité réduite. Il y a une entrée avec ascenseur pour la basilique (pas pour le dôme) à l’arrière, au 35 rue du Chevalier de la Barre. Cette entrée ouvre 8:30-19:00. Y aller. L’adresse est 35 rue du Chevalier de la Barre, 75018 Paris. Les stations les plus proches sont Anvers (ligne 2) et Abbesses (ligne 12) : de l’une comme de l’autre, on monte à pied, ou bien avec le funiculaire de Montmartre, exploité par la RATP. Il coûte le prix d’un trajet en métro et accepte le pass Navigo, mais il demande une nouvelle validation, comme un trajet à part : ce n’est pas le simple prolongement du trajet en métro. Le funiculaire parcourt 108 mètres, avec 36 mètres de dénivelé, en moins d’une minute et demie. Combien de temps prévoir. La visite de la seule basilique prend 20 à 30 minutes ; avec la montée au dôme, compte une heure et demie, marches comprises.

les deux cabines du funiculaire de montmartre vues d en bas le long des rails en descente, entourees du vert des arbres

Où aller ensuite

Si tu arrives de la place du Tertre ou du musée qui raconte le Montmartre des artistes, tu trouves le tableau complet du quartier dans mon guide de Montmartre, dont cette basilique n’est que l’étape la plus photographiée. Pour un autre vœu national devenu monument, mais de signe opposé, le Panthéon raconte la France laïque plutôt que la France dévote.

Crédits photographiques : façade de Hytioz (CC BY-SA 4.0) ; dôme de Guilhem Vellut (CC BY 2.0) ; mosaïque et funiculaire de Chabe01 et HJ Mitchell (CC BY-SA 4.0 et CC BY 4.0) ; vue de Paris de Roman Eisele (CC BY-SA 4.0), depuis Wikimedia Commons.