Derrière une porte anonyme de la rue Antoine Bourdelle, il y a une cour avec quatre bronzes plus hauts que toi, alignés sous les arcades de brique rouge d’un portique. Une cinquième figure est accroupie dans les haies basses, penchée sur quelque chose qu’elle tient entre ses mains. C’est le jardin du musée Bourdelle, c’est l’atelier où le sculpteur a vraiment travaillé, et cela ne coûte rien. Montparnasse est fait comme ça : derrière les immeubles du boulevard il y a deux maisons de sculpteurs, un musée de la Résistance et une carrière de calcaire pleine d’ossements.
Il y a pourtant une chose à savoir avant de réserver le train, parce qu’ici tu n’as pas l’exception dont d’autres quartiers profitent : le lundi, les quatre sites ferment tous, Bourdelle, Zadkine, musée de la Libération et Catacombes. Aucun ne reste ouvert, et un lundi à Montparnasse il te reste le cimetière et la rue. Et une fermeture en cours pèse plus lourd encore : le musée Zadkine est fermé jusqu’au 19 octobre 2026 inclus et rouvre le 20 octobre avec un nouveau parcours de ses collections, toujours en entrée libre. Jusqu’à cette date, le quartier compte trois sites et non quatre.
Combien coûte, alors, une journée entière de musées ici ?
C’est parti !
1. Le musée Bourdelle, et l’addition à laquelle tu ne t’attends pas
Zéro euro, tant que tu ne descends pas sous terre. L’accès aux collections permanentes du Bourdelle est gratuit, sans tranches d’âge, sans réservation et sans restriction : le musée l’écrit en une seule ligne sur sa page des tarifs, et cette ligne ne traîne aucune clause derrière elle.
C’est plus rare que ça n’en a l’air, parce que d’un musée à l’autre du même réseau les règles changent. Dans le Marais, au Cognacq-Jay, la gratuité tombe dès qu’une exposition temporaire est montée et tu paies le musée entier ; à la Maison de Victor Hugo, elle est suspendue des mois durant. Ici, non : l’exposition temporaire se paie à part, mais la collection permanente reste gratuite pendant qu’elle est ouverte. Quatre musées de la même ville, trois comportements différents, et la leçon pratique est qu’on ne recopie pas la règle d’un musée sur celui d’à côté.
Antoine Bourdelle a travaillé dans cette cour de 1885 à 1929, l’année de sa mort, et le musée a gardé l’atelier, la maison et le jardin, avec les plâtres et les bronzes laissés là où ils étaient. Il ouvre du mardi au dimanche, 10:00-18:00, et ferme le lundi, le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre. Le prix de l’exposition temporaire, tu ne le trouveras écrit nulle part, parce qu’il change d’une exposition à l’autre : sa page renvoie chaque fois à celle de l’exposition en cours, donc je ne te donne pas un chiffre qui n’existe pas.

Dans le jardin intérieur, appuyée au mur et à moitié cachée par une branche, il y a une Jeanne d’Arc en bronze à la patine verte. Elle se tient sur un socle bas, la lance levée dans une main et l’autre ouverte le long du corps, dans une robe plissée qui tombe jusqu’aux pieds. Derrière elle s’ouvre une forme creuse et sombre qui la suit comme une ombre. À l’intérieur, les six œuvres par lesquelles je commencerais sont dans Musée Bourdelle : 6 œuvres à voir.
2. Le musée Zadkine, gratuit lui aussi, avec une clause que le Bourdelle n’a pas
Ossip Zadkine a vécu et travaillé de 1928 à 1967, l’année de sa mort, dans une maison basse avec un jardin et deux ateliers, au fond d’un passage de la rue d’Assas. Le musée qui en est né est l’un des endroits les plus cachés de Paris : depuis la rue tu vois un passage entre deux murs qui n’a pas l’air de mener quelque part, et tu passes devant sans le remarquer. Ici aussi l’accès à la collection permanente est gratuit et sans réservation, selon la même règle qu’au Bourdelle : l’exposition temporaire se paie, la permanente non, et le prix de l’exposition n’est pas publié. Il ouvre du mardi au dimanche, 10:00-18:00, avec une dernière entrée à 17:30. Si tu arrives à 17:45, tu restes dehors.
Attention : les fermetures du Zadkine ne sont pas celles du Bourdelle, même si les deux musées ont le même propriétaire. Sa page officielle écrit que le musée ferme le lundi et certains jours fériés, sans dire lesquels, plus le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre ; les 24 et 31 décembre, il avance la fermeture à 17:00. Cette liste de trois dates n’est pas la liste complète des fériés où il reste fermé, et la source n’en publie pas d’autres : si ta visite tombe un jour de pont, téléphone avant de traverser la moitié de la ville. Les cinq choses à voir à l’intérieur, je les ai choisies dans Musée Zadkine : 5 choses à voir.
3. Le cimetière du Montparnasse, qui est aussi un musée de sculpture

Le cimetière est gratuit et ne te demande rien, et c’est ce qui te reste même le lundi. Depuis l’entrée tu vois des rangées de dalles de granit sombre, lisses et plates, interrompues de loin en loin par une chapelle de famille. L’une d’elles, néogothique, a un toit en pointe, une rosace ajourée et un arc brisé au-dessus de la porte, et ressemble à une église miniature tombée au milieu des tombes. Autour, les allées ont de vrais arbres et une vraie ombre, et c’est la raison pour laquelle les Parisiens y marchent.
Je ne te donne pas les horaires, et la raison est simple : les cimetières municipaux de Paris changent leur heure de fermeture avec la saison, et sur le site de la Ville de Paris le tableau de celui-ci ne se laisse pas lire de l’extérieur. Prends-le comme une visite de milieu de journée et non de fin d’après-midi, surtout maintenant que la basse saison a commencé le 1er octobre et que la nuit tombe plus tôt.
4. La Closerie des Lilas et le boulevard, ou l’autre Montparnasse

Il y a un second Montparnasse, superposé au premier et long d’un siècle à peine, celui des cafés où les artistes se retrouvaient dans les premières décennies du XXe siècle, quand les ateliers sont descendus ici depuis la butte Montmartre. La Closerie des Lilas est toujours à l’angle du boulevard du Montparnasse, avec ses deux enseignes ovales blanches sur la façade, les stores verts baissés sur la terrasse, une marquise de verre au-dessus de l’entrée et une haie haute qui met les tables à l’abri de la circulation. Un peu plus à l’ouest, au carrefour Vavin, il y a le Dôme, la Rotonde et la Coupole.
Ici, tu n’as pas besoin d’entrer, et je ne le dis pas pour t’épargner l’addition : ce qui reste de ces années est sur les façades et sur les plaques, alors qu’à l’intérieur tu trouves un restaurant comme un autre, avec une carte des vins à la hauteur de l’adresse. Arrête-toi sur le trottoir le temps de lire les enseignes, puis continue. Montparnasse, du reste, est un quartier qui se visite presque entièrement sans billet, Catacombes mises à part : presque toutes ses étapes se retrouvent dans la liste que j’ai réunie dans Paris gratuit.
Une chose que presque tous les vieux guides racontent de travers, et qui t’évite un trajet pour rien : la Fondation Cartier pour l’art contemporain n’est plus à Montparnasse. Le bâtiment de verre de Jean Nouvel sur le boulevard Raspail, pendant trente ans la pièce d’architecture contemporaine du quartier, ne l’abrite plus. La fondation donne aujourd’hui son adresse au 2 place du Palais-Royal, de l’autre côté de la Seine. Si tu l’avais prévue ici, change-la de quartier avant de sortir de chez toi.
5. Le musée de la Libération de Paris, et le bunker sous la place
Qu’y a-t-il vingt mètres sous la place Denfert-Rochereau ?
Deux choses différentes, creusées dans la même carrière de calcaire, et aucune des deux ne se voit depuis la rue. D’un côté de la place, l’ossuaire des Catacombes ; de l’autre, sous le musée, le poste de commandement du colonel Henri Rol-Tanguy, d’où fut dirigée l’insurrection de Paris en août 1944. Les deux sources officielles donnent la même profondeur, vingt mètres, et les deux entrées se regardent à travers les deux pavillons jumeaux que Claude-Nicolas Ledoux a construits de part et d’autre de la barrière d’Enfer.
Le musée occupe l’un de ces deux pavillons. La collection permanente est gratuite pour tous et ne se réserve pas, il ouvre du mardi au dimanche, 10:00-18:00, la dernière admission est à 17:30 et les salles ferment à 17:45. Le prix des expositions temporaires, ici non plus, n’est pas publié, et il varie.
La visite du poste de commandement est la partie que les visiteurs ratent, parce qu’elle fonctionne d’une manière qu’aucun site ne t’explique à l’avance : elle est gratuite, elle dure une demi-heure environ et elle ne se réserve que sur place, à l’entrée, le jour même, avec très peu de places. Tu ne la trouves pas en ligne et tu ne peux pas la retenir depuis chez toi : si tu y tiens, arrive tôt. On n’y descend que par un escalier, donc le poste de commandement n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite, alors que les collections permanentes, l’espace d’exposition et la salle de conférences le sont. J’ai rangé les six étapes du musée dans l’ordre où je les ferais, dans Musée de la Libération : 6 étapes.
6. Les Catacombes, à garder pour la fin
Celui qui entre gratuitement aux Catacombes doit-il réserver un créneau horaire ?
Non, et c’est en cela qu’elles font exception dans toute la ville : les billets gratuits ne se réservent pas en ligne et donnent une entrée garantie sans réservation. Aux tours de Notre-Dame, pour prendre un exemple, même celui qui a droit à la gratuité doit se présenter avec un e-billet portant un créneau horaire. Deux monuments de la même ville, deux règles opposées, et la différence se paie en heures de file d’attente si tu ne la connais pas.
Pour tous les autres, en revanche, c’est payant, et c’est ici le billet le plus cher du quartier et l’un des plus chers de Paris. Le plein tarif coûte 31 euros et comprend l’audioguide, le tarif réduit 25 euros, et de 8 à 17 ans on paie 15 euros. En dessous de 8 ans l’entrée est gratuite, mais sans audioguide. Celui qui entre gratuitement, enfants compris, peut acheter l’audioguide à part, 5 euros, à la caisse. Elles ne sont pas comprises dans le Paris Museum Pass, contrairement à presque tout le reste de la ville.
Un détail décide si la dépense en vaut la peine, et pour toi il tombe du bon côté : l’audioguide existe en français, en anglais, en espagnol et en allemand, et pas en italien. Il dure environ une heure, se déclenche tout seul au fil de la marche, et il en existe une version audiodécrite en français.
Tu descends 131 marches et tu en remontes 112, par l’escalier seulement, à vingt mètres sous terre, parce qu’il n’y a pas d’ascenseur : tiens-en compte si tu as les genoux fatigués ou un enfant dans les bras. Elles ouvrent du mardi au dimanche, 9:45-20:30, avec dernières admissions à 19:30, et c’est le seul site du quartier qui reste ouvert le soir, parce que les trois autres ferment toutes à 18:00. Côté jours fériés, les Catacombes sont les plus transparentes de toutes, et elles déclarent ceux où elles ouvrent : le jeudi de l’Ascension, le 14 juillet, le 15 août, le 1er et le 11 novembre, sauf quand la date tombe un lundi. Le 1er novembre 2026 est un dimanche, donc ce jour-là tu les trouveras ouvertes, et c’est la donnée qui te sauve un pont d’automne. Les huit étapes du parcours souterrain, je les raconte dans Catacombes de Paris : 8 étapes.
Un détail qui fait sourire et qui est écrit sur le site officiel : voler ou tenter de voler un os est poursuivi d’office, au titre de l’article 225-17 du code pénal, et coûte un an de prison et 15 000 euros d’amende. Ce n’est pas du folklore, c’est une ligne d’avertissement aux visiteurs.
Informations pratiques
Données vérifiées le 2 octobre 2026 sur les sites officiels de chacun des lieux. Les prix et les horaires changent : revérifie avant de partir.
Billets. Les Catacombes demandent 31 euros en plein tarif, audioguide compris, 25 euros en tarif réduit et 15 euros de 8 à 17 ans. En dessous de 8 ans l’entrée est gratuite, et l’audioguide s’achète à part à la caisse pour 5 euros, comme pour tous ceux qui entrent gratuitement. Le musée Bourdelle, le musée Zadkine et le musée de la Libération ne demandent aucun billet pour leurs collections permanentes. Sans prix publié. Aucun des trois musées municipaux ne publie le prix de sa propre exposition temporaire, parce qu’il change d’une exposition à l’autre : tu le lis sur la page de l’exposition en cours ou à la caisse. Horaires. Le Bourdelle, le Zadkine et le musée de la Libération ouvrent 10:00-18:00 du mardi au dimanche, le Zadkine avec une dernière entrée à 17:30 et le musée de la Libération avec une dernière admission à 17:30 et les salles fermées à 17:45. Les Catacombes ouvrent 9:45-20:30 du mardi au dimanche, avec dernières admissions à 19:30. Fermetures. Les quatre sites ferment tous le lundi, et dans le quartier il n’existe aucune exception. Les jours fériés, en revanche, ils se comportent de trois façons différentes : le Bourdelle et le musée de la Libération ne déclarent que les trois fermetures annuelles du 1er janvier, du 1er mai et du 25 décembre. Le Zadkine ajoute « certains jours fériés » sans dire lesquels. Les Catacombes emploient la même formule ouverte, mais elles énumèrent au moins les fériés où elles restent ouvertes : le jeudi de l’Ascension, le 14 juillet, le 15 août, le 1er et le 11 novembre, sauf quand la date tombe un lundi. Le Zadkine avance sa fermeture à 17:00 les 24 et 31 décembre. Gratuité. Les collections permanentes du musée Bourdelle, du musée Zadkine et du musée de la Libération sont gratuites pour tous, sans tranches d’âge et sans réservation. Au musée de la Libération, la visite du poste de commandement est gratuite elle aussi, mais elle ne se réserve que sur place le jour même. Le cimetière du Montparnasse est en entrée libre. Aucun des quatre sites n’applique la gratuité du premier dimanche du mois, parce que trois ne demandent jamais de billet et que les Catacombes ne la prévoient pas : si tu comptais dessus, ici tu n’en as pas besoin. Accessibilité. Au musée de la Libération, les collections permanentes, l’espace d’exposition et la salle de conférences sont accessibles aux personnes à mobilité réduite, le poste de commandement non, parce qu’on ne l’atteint que par un escalier. Aux Catacombes il n’y a pas d’ascenseur : on descend 131 marches et on en remonte 112. Y aller. Montparnasse-Bienvenüe sur les lignes 4, 6, 12 et 13 et Falguière sur la 12 desservent le musée Bourdelle. Notre-Dame-des-Champs sur la 12, Vavin sur la 4 et Port-Royal sur le RER B desservent le musée Zadkine. Denfert-Rochereau, sur les lignes 4 et 6 et sur le RER B, dessert à la fois les Catacombes et le musée de la Libération, qui se trouvent sur la même place à cent mètres l’un de l’autre. La ligne qui tient le quartier ensemble est la 4, qui descend de Montparnasse-Bienvenüe à Denfert-Rochereau en passant par Vavin. Combien de temps prévoir. Une matinée te suffit pour le Bourdelle et le Zadkine, qui sont à un quart d’heure à pied l’un de l’autre. Avec le musée de la Libération et les Catacombes tu arrives à une journée entière, et si tu veux ajouter le cimetière et une promenade sur le boulevard, compte deux heures de plus.
Comment les enchaîner
L’ordre n’est pas une préférence, c’est la billetterie des Catacombes qui le décide. Leur créneau horaire a un nombre de places limité, il s’ouvre sept jours à l’avance et, une fois choisi, il fixe l’heure de tout le reste de la journée : tu réserves donc celui-là d’abord et tu construis le reste à rebours, pas l’inverse.
Il en sort un seul parcours. Les trois musées gratuits tiennent la matinée et le début de l’après-midi, parce qu’ils ferment tous à 18:00 ; les Catacombes passent en dernier, parce qu’elles sont les seules ouvertes jusqu’à 20:30. Bourdelle et Zadkine le matin, le musée de la Libération juste après le déjeuner à Denfert-Rochereau, et la descente sous terre en fin d’après-midi, à cent mètres de la porte dont tu viens de sortir. Le mardi est le meilleur jour pour glisser Montparnasse dans un voyage plus long, parce que c’est celui où le musée Delacroix ferme à Saint-Germain et où la Grande Galerie de l’Évolution ferme dans le Quartier latin. Ici, au contraire, les quatre sites sont tous ouverts.
Avec trois jours devant toi, Montparnasse entre là où je l’ai mis dans Que voir à Paris en 3 jours. Depuis Vavin tu remontes vers le nord, tu traverses le jardin du Luxembourg et en vingt minutes tu arrives à Saint-Germain-des-Prés, où la contrainte n’est pas un jour mais une heure ; en obliquant vers l’est tu entres au contraire dans le Quartier latin, et au-delà du fleuve commence le Marais.
Crédits photographiques : jardin du musée Bourdelle d’Arthur_Crbz, CC BY-SA 3.0, depuis Wikimedia Commons ; Jeanne d’Arc dans le jardin du musée Bourdelle de Bycro, CC0 ; cimetière du Montparnasse de Polymagou, CC BY-SA 4.0 ; Closerie des Lilas de Celette, CC BY-SA 4.0.
