Quand tu dis « Opéra de Paris », tu penses probablement à ce palais doré, avec les deux statues ailées qui scintillent sur le toit. Mais depuis 1994, après la naissance de l’Opéra Bastille, l’institution qui réunit l’art lyrique et le ballet s’appelle « Opéra national de Paris » et compte deux théâtres. Celui-ci porte depuis lors le nom officiel de Palais Garnier, d’après l’architecte qui l’a dessiné.

Tu peux aussi le visiter de jour, sans billet de spectacle : la visite libre t’emmène au-delà du hall, dans le Grand Foyer et la Bibliothèque-musée, entre miroirs, ors et un plafond peint.
Comment se fait-il qu’un vrai lac sommeille sous un théâtre de ballet et d’opéra ?
C’est parti !
1. Un attentat dans la rue, et un concours remporté par un inconnu
Qu’est-ce qui pousse un empereur à commander un théâtre entièrement neuf ?
Le 14 janvier 1858, devant l’ancien théâtre de l’Opéra de la rue Le Peletier, un groupe de républicains italiens mené par Felice Orsini lance plusieurs bombes contre la voiture de Napoléon III : huit morts, environ 142 blessés, l’empereur indemne de justesse. La réponse est urbanistique : une salle neuve, sur une grande avenue large et facile à surveiller, loin des ruelles où un attentateur peut se cacher.
Le concours est ouvert peu après et 171 projets arrivent. Le 30 mai 1861, c’est un candidat que personne ne connaît qui l’emporte : Charles Garnier, premier grand prix de Rome en 1848 mais sans grand chantier derrière lui, qui avait présenté son projet de façon anonyme, sous la devise « J’aspire à beaucoup, j’attends peu ». Les travaux commencent en 1861, Haussmann pose la première pierre le 5 mai 1862, et une première façade est dévoilée au public le 15 août 1867, à l’occasion de l’Exposition universelle : le reste de l’édifice est encore un chantier. L’inauguration officielle n’arrive que le 5 janvier 1875. Le budget, fixé à 29 millions de francs-or puis ramené à 15, finit par en coûter 36 à l’achèvement. Napoléon III, qui l’avait voulu pour échapper à un attentat, est mort en exil en janvier 1873 : il n’a jamais vu son théâtre terminé.
Pour la décoration, Garnier choisit en personne quatorze peintres, les mosaïstes et 73 sculpteurs, dont Jean-Baptiste Carpeaux. Son groupe La Danse, aux figures nues et désinvoltes, scandalise les Parisiens au point que quelqu’un, dans la nuit du 26 au 27 août 1869, lui lance un encrier. Aujourd’hui l’original est conservé au musée d’Orsay, à l’abri de la pollution ; sur la façade, tu en trouves une copie.

2. Le Grand Escalier, avant même d’entrer dans la salle
Le billet de la visite libre te fait monter d’abord le Grand Escalier, et c’est déjà un spectacle : des marches en marbre blanc de Seravezza, dont la courbe va du concave au convexe (une seule, sur toute la volée, est droite), une balustrade en onyx sur un soubassement de marbre vert de Suède et 128 balustres en marbre rouge antique. Au pied de l’escalier, tu trouves deux statues-torchères en bronze d’Albert-Ernest Carrier-Belleuse, conçues pour porter d’abord un éclairage au gaz, puis électrique.
Garnier ne l’a pas conçu seulement pour faire monter le public : l’escalier, avec ses larges volées et ses balcons qui donnent sur plusieurs niveaux, et la salle à l’italienne sont construits exprès pour que tu voies et que tu sois vu. Les volées suivantes te mènent aux loges et aux balcons qui entourent la salle en fer à cheval, 1 979 places sur cinq niveaux.

3. Le Grand Foyer, le Versailles des mélomanes
Depuis l’escalier on entre dans le Grand Foyer, pensé comme lieu de rencontre du public pendant les entractes, quelle que soit la place occupée dans la salle. Garnier le construit en regardant du côté des galeries des châteaux et des palais français, de Fontainebleau à la galerie d’Apollon du Louvre, jusqu’à la galerie des Glaces de Versailles : des miroirs en alternance avec des fenêtres qui s’ouvrent sur les rues alentour multiplient la lumière et dilatent l’espace, un truc qui marche encore aujourd’hui, billet en main.
Le plafond, peint par Paul Baudry, raconte en images l’histoire de la musique. Si tu as déjà vu le foyer d’un opéra, quel qu’il soit, celui-ci te fera comprendre la différence : ici le promenoir est aussi grand que la nef d’une église, doré du sol au plafond.

4. Le plafond que Chagall a peint, et celui qui est resté dessous
Qu’est devenu le plafond que Garnier avait fait peindre au XIXe siècle ?
Il n’a pas été enlevé : il est toujours là. Le plafond original de la salle, Les Muses et les Heures du jour et de la nuit, a été peint par Jules-Eugène Lenepveu directement sur vingt-quatre panneaux de cuivre assemblés en coupole, pour des raisons de sécurité contre l’incendie, et il a été restauré deux fois dans la première moitié du XXe siècle.
Le ministre de la Culture André Malraux commande à Marc Chagall un nouveau plafond, inauguré en 1964. Chagall prépare d’abord des esquisses et des maquettes, puis une équipe de peintres décorateurs, dont Roland Bierge, reporte le dessin sur des toiles montées sur une structure amovible en polyester.
Voici l’essentiel : l’œuvre de Chagall est collée sur une structure qui se démonte, et elle cache le tableau de Lenepveu sans l’avoir effacé. La porte reste ouverte, en théorie du moins, à un jour où quelqu’un décidera de le dévoiler à nouveau. En attendant, tu trouves une maquette du plafond de Lenepveu exposée dans la Bibliothèque-musée que tu vas visiter, à quelques mètres de l’endroit où se trouve le vrai plafond.
5. Le lustre, la légende et ce qui est vraiment tombé
Le grand lustre qui pend au centre de la salle est en bronze doré, avec une myriade de cristaux taillés : la structure seule mesure cinq mètres de haut sur quatre de large, et avec les câbles d’acier elle atteint huit mètres de hauteur pour 6,5 tonnes. Garnier l’a dessiné lui-même, l’ornemaniste Jules Corboz l’a sculpté, et il a été installé en 1874 avec 340 becs de gaz ; à partir de 1881 il a été en partie électrifié, avec 320 ampoules montées pour la plupart dans des globes d’opaline.
La légende que tu connais peut-être veut que le lustre soit tombé sur le public pendant une représentation du Faust de Gounod, le soir du 20 mai 1896. Ce n’est pas ce qui s’est passé, et la réalité est presque plus inquiétante que la légende. Ce qui est tombé, c’est l’un des quatre contrepoids qui retiennent le lustre, 750 kilos, pendant une représentation d’un opéra aujourd’hui oublié, Hellé d’Étienne-Joseph Floquet, et non le Faust. Le contrepoids a défoncé le plafond, puis le plancher des loges du cinquième niveau, qui étaient vides, et il est tombé sur les places 11 et 13 des loges du quatrième, où était assise une spectatrice, Claudine Chomeil, morte sur le coup. Le lustre, lui, n’a pas bougé d’un centimètre. Beaucoup d’autres personnes ont été blessées dans la bousculade qui a suivi.
Cet accident bien réel a inspiré Gaston Leroux pour l’un des épisodes les plus célèbres de son roman Le Fantôme de l’Opéra, publié en 1910 : là, c’est le fantôme lui-même qui fait tomber le lustre.
6. Le lac qui n’est pas une légende
Y a-t-il vraiment un lac sous l’Opéra de Paris ?
Oui, mais ce n’est pas un lac au sens où tu l’imagines en lisant le roman. En creusant les fondations, vers 1861, les ouvriers de Garnier tombent sur la nappe phréatique, alimentée par la Seine : le sol est si instable qu’il menace de compromettre tout l’édifice. Garnier règle le problème en construisant un énorme bassin de rétention en béton.
Une fois le chantier terminé, ce bassin devient une réserve d’eau contre l’incendie, et c’est là que la légende a commencé : aujourd’hui encore, d’après ce que rapporte la presse locale, les plongeurs de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris s’y entraînent régulièrement, en descendant par une échelle étroite que très peu de visiteurs voient jamais. Il n’y a ni gondoles ni fantôme en smoking, mais l’eau, l’obscurité et l’écho sous la scène ont suffi à Gaston Leroux pour y bâtir le repaire de son Fantôme, et après lui à la comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber pour en faire une image universelle.
Informations pratiques
Données vérifiées le 8 octobre 2026 sur le site officiel operadeparis.fr. Les prix et les horaires changent : revérifie avant de partir, surtout le calendrier des fermetures.
Billets. La visite libre coûte 15 euros pour les adultes résidents ou ressortissants d’un pays de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen, 25 euros pour les autres. Le tarif réduit, pour les jeunes de 13 à 25 ans, coûte 10 euros (France/EEE) ou 20 euros (hors France/EEE). Les abonnés de l’Opéra paient 10 euros. Ce que comprend le billet. Il donne accès aux espaces publics : la Rotonde des Abonnés, le Grand Escalier, l’Avant-Foyer et le Grand Foyer, les salons de la Lune et du Soleil, la Rotonde du Glacier et la Bibliothèque-musée de l’Opéra, ainsi que les expositions temporaires du moment. La salle de spectacle n’est visitable que lorsqu’elle n’est pas occupée par des répétitions ou des représentations, et aucun billet ne garantit l’accès. Horaires. Il ouvre tous les jours 10:00-17:00, 10:00-18:00 en période estivale, sauf fermetures exceptionnelles. La dernière entrée a lieu une heure avant la fermeture, et les espaces de visite se vident 15 minutes avant. Fermetures. Le Palais Garnier accueille près de 200 spectacles par an : les répétitions et les représentations de l’après-midi ferment la salle au dernier moment, et certains jours tout l’édifice reste fermé à la visite libre. Vérifie le calendrier des fermetures exceptionnelles sur le site officiel avant de réserver. Gratuité. L’entrée est gratuite pour les enfants jusqu’à 12 ans révolus, les personnes en situation de handicap avec un accompagnateur, les demandeurs d’emploi et les bénéficiaires de minima sociaux en France (sur justificatif), et pour les étudiants en architecture, de l’École du Louvre ou d’écoles d’arts appliqués. Le pass. Le Palais Garnier n’est pas compris dans le Paris Museum Pass : c’est un théâtre en activité, pas un musée national, et la visite se paie toujours à part. Y aller. L’adresse est place de l’Opéra, 75009 Paris. La station de métro est Opéra, sur les lignes 3, 7 et 8 ; le RER A s’arrête à Auber, à quelques pas. Combien de temps prévoir. La visite libre dure entre une heure et une heure et demie.
Où aller ensuite
À dix minutes à pied, au cœur du même quartier, le musée Gustave Moreau est la maison que le peintre a lui-même transformée en musée : un billet du Palais Garnier émis depuis moins de quinze jours te fait aussi économiser là-bas.
Crédits photographiques : façade ouest de Peter Menzel (CC BY-SA 2.0) ; Grand Escalier de Benh Lieu Song (CC BY-SA 3.0) ; Grand Foyer d’Elterrien (CC BY-SA 4.0) ; groupe de l’Harmonie de Charles Gumery, photographie de Marie-Lan Nguyen (domaine public), depuis Wikimedia Commons.