Un tableau de 48 sur 63 centimètres a donné son nom à tout un mouvement, et il n’est pas au Musée d’Orsay. Impression, soleil levant se trouve dans un hôtel particulier ouvert sur le Jardin du Ranelagh, dans le seizième arrondissement, où presque personne de ceux qui passent au Louvre n’arrive. Le Musée Marmottan Monet conserve la plus grande collection de Monet au monde, et il est né dans un tout autre but.

Le musée ferme à 18:00, mais la dernière admission a lieu à 17:00, une heure plus tôt, et cette heure d’écart fait rater pas mal de visites. Le jeudi, en revanche, on reste jusqu’à 21:00, et c’est de loin le moment le plus calme de la semaine.
D’un tableau peint il y a cent cinquante ans, comment fait-on pour savoir quelle heure il était ?
C’est parti !
1. Du pavillon de chasse au musée
Le bâtiment naît comme pavillon de chasse du duc de Valmy, en lisière du bois de Boulogne. En 1882, Jules Marmottan l’achète, et son fils Paul le transforme en résidence de collectionneur, où il réunit des tableaux, des meubles et des bronzes du Premier Empire, qui était sa matière d’étude.
En 1932, Paul Marmottan lègue la maison et la collection à l’Académie des beaux-arts, qui ouvre le musée en 1934. Jusque-là, d’impressionnisme il n’y avait ici aucune trace : le Marmottan était un musée de l’Empire. Tout change en 1940, quand Impression, soleil levant entre dans la collection : c’est le tableau qui a fondé les collections impressionnistes de la maison.
Cette origine explique les pièces que tu traverses. Les boiseries, les meubles et les bronzes que tu rencontres à l’étage noble ne sont pas un décor construit autour de Monet : ils sont la maison d’avant, et les Monet sont arrivés après, dans une extension aménagée au niveau inférieur.
2. Impression, soleil levant, et le critique qui voulait blesser
Monet peint la toile en 1872, au Havre, la ville où il avait grandi. Il la porte à la première exposition collective du groupe qui allait bientôt être appelé impressionniste, celle qui se tient du 15 avril au 15 mai 1874 dans l’atelier du photographe Nadar, au numéro 35 du boulevard des Capucines.

Pourquoi un titre aussi vague ?
Parce que ce n’était pas un titre. Monet avait présenté une vue de port sans nom et, pressé par celui qui rédigeait le catalogue, il a dit d’y écrire Impression. Le critique Louis Leroy, dans le Charivari du 25 avril 1874, a pris ce mot et en a fait un article de moquerie, intitulé Exposition des impressionnistes. L’insulte est restée collée au groupe et a fini par le baptiser.
Arrête-toi une seconde devant la toile et regarde le soleil. C’est la seule tache de couleur pure du tableau : tout le reste, l’eau, la brume, les gréements, est enlevé à larges coups. La barque du premier plan est une tache sombre avec deux silhouettes à peine indiquées.
3. Le 13 novembre 1872, à 7:35 du matin
Le musée a publié en 2014 une enquête qui a tenté de dater la scène avec précision, en croisant trois choses : la topographie du port du Havre vu de la fenêtre de l’hôtel où Monet logeait, les bulletins météorologiques de l’époque et les trajectoires du soleil. La hauteur de l’astre sur l’horizon, la direction de la lumière et l’état du ciel réduisent les possibilités à très peu de matinées.
La date la plus probable qui en est sortie est le 13 novembre 1872, à 7:35 du matin. Ce n’est pas une donnée définitive et le musée la présente pour ce qu’elle est, une reconstitution, mais elle change la façon dont tu regardes le tableau : ce soleil n’est pas un symbole, c’est une observation faite à une heure précise depuis une fenêtre précise.
4. Le vol de 1985
Que se passe-t-il quand le tableau emblème d’un mouvement disparaît ?
Le 27 octobre 1985, cinq hommes armés entrent dans le musée en pleine heure d’ouverture et, en quelques minutes, emportent neuf œuvres, dont d’autres Monet, deux Renoir et précisément Impression, soleil levant.
Les toiles finissent dans un trafic international qui passe par le Japon et par la Corse. L’enquête dure cinq ans et se referme le 3 décembre 1990, quand les tableaux sont retrouvés en Corse, à Porto-Vecchio. Impression, soleil levant revient dans les salles du Marmottan en 1991.
Le tableau que tu regardes est donc resté invisible au monde pendant cinq ans, et pendant un certain temps personne ne savait même s’il était encore intact.
5. Les Nymphéas sans rive
À l’étage inférieur, dans la salle consacrée à Monet, se trouve la part de collection qui a transformé le musée. En 1966, Michel Monet, dernier descendant direct du peintre, meurt et lègue par testament à l’Académie des beaux-arts, qui possède le Marmottan, sa propre collection et quatre-vingt-neuf tableaux de son père : depuis ce jour aucun autre musée ne possède autant de Monet. Beaucoup de ces toiles, dont les grands Nymphéas et les jardins de Giverny, n’avaient jamais été exposées du vivant du peintre. La maison de Giverny est allée à la même Académie, mais c’est une autre visite et un autre billet.

Dans la toile ci-dessus, peinte vers 1903, essaie de chercher la rive. Elle n’y est pas. Il n’y a pas non plus de ciel, ni de ligne d’horizon : dans le cadre entre seulement la surface de l’eau, avec les reflets des saules qui la traversent à la verticale et les feuilles qui flottent à l’horizontale. C’est le choix qui fait des Nymphéas autre chose qu’un paysage, et tu le vois mieux ici que dans les versions monumentales de l’Orangerie, parce que la toile est petite et que tu la tiens tout entière dans l’œil.
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6. Berthe Morisot, l’autoportrait laissé à moitié
Combien de fois as-tu vu un tableau dans lequel le peintre s’est arrêté exprès ?
Le Marmottan conserve le premier fonds au monde de Berthe Morisot, voulu ici par les descendants de l’artiste : vingt-cinq tableaux et soixante-cinq aquarelles, pastels et dessins. La pièce qui te reste en tête est son autoportrait de 1885.

Morisot se peint de trois quarts, les cheveux gris enlevés en quelques touches lilas et blanches, un ruban sombre noué au cou et une veste ocre sur laquelle flottent de petites fleurs, une rouge et une bleue. Autour, la toile est nue : on voit la trame, et le fond n’a pas été couvert.
Dans l’angle inférieur gauche, il y a deux traits sombres et une forme courbe à peine indiquée : la forme est la palette, les traits sont les pinceaux. Morisot s’est portraiturée au travail, et elle a laissé l’outil du métier à l’état d’ébauche en n’achevant que son propre regard.
7. Les enluminures, la collection à laquelle tu ne t’attends pas
Avant de sortir, cherche la salle des enluminures médiévales et renaissantes, arrivée au musée avec la donation de la famille Wildenstein. Ce sont des pages enluminées et des lettres historiées, des centaines de feuillets, et elles n’ont rien à voir avec Monet.
C’est justement pour cela qu’elles fonctionnent. Tu passes de la touche la plus libre du XIXe siècle à une peinture faite avec des pinceaux de quelques poils, et les deux extrêmes de l’histoire de la peinture européenne se retrouvent sous le même toit.
Informations pratiques
Données vérifiées le 27 septembre 2026 sur le site officiel marmottan.fr. Les prix et les horaires changent : revérifie avant de partir.
Billets. Le plein tarif coûte 14 euros et comprend la collection permanente et l’exposition temporaire. Le réduit coûte 9 euros et vaut pour les moins de 18 ans et les étudiants de moins de 25 ans. L’audioguide coûte 4 euros à part. Billet jumelé avec Giverny. Il existe un billet commun avec la Fondation Monet de Giverny à 27 euros, réduit 16, et il n’est intéressant que si l’excursion en Normandie est déjà à ton programme. Horaires. Le musée ouvre du mardi au dimanche, 10:00-18:00, et le jeudi il reste ouvert jusqu’à 21:00. La dernière admission a lieu à 17:00, à 20:00 le jeudi, et les salles ferment un quart d’heure avant le musée. Billets en ligne. La réservation n’est pas obligatoire et les billets s’achètent aussi en caisse. Ceux qui sont achetés en ligne donnent un accès prioritaire et demandent de choisir un créneau horaire, mais ils ne se retirent pas au musée : il faut les imprimer ou les montrer sur le téléphone. Fermetures. Il reste fermé le lundi, le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre. Gratuités. Entrent gratuitement les enfants de moins de 7 ans, les enseignants, les journalistes, les personnes en situation de handicap et leur accompagnateur, les étudiants en histoire de l’art et les membres de l’ICOM. Paris Museum Pass. Le Marmottan n’est pas inclus : le billet s’achète à part. Y aller. L’adresse est 2 rue Louis-Boilly, dans le seizième. Descends à La Muette sur la ligne 9 et marche cinq minutes en traversant le Jardin du Ranelagh. Sinon, prends le RER C jusqu’à Boulainvilliers. Combien de temps prévoir. Compte une heure et demie pour la collection permanente, deux heures s’il y a une exposition temporaire qui t’intéresse.
Où aller ensuite
Si tu veux compléter le tour de Monet à Paris, l’étape obligée est le Musée de l’Orangerie, avec les huit grandes compositions des Nymphéas dans les deux salles ovales. Pour le reste de l’impressionnisme, l’endroit est le Musée d’Orsay.
Dans le même quartier, à un quart d’heure à pied, il y a la Maison de Balzac, qui est gratuite, et si tu descends vers le Trocadéro tu trouves le Musée de l’Homme et le Musée d’Art moderne de Paris.
Crédits photographiques : façade côté jardin de GFreihalter (CC BY-SA 4.0), depuis Wikimedia Commons. Les tableaux sont dans le domaine public.