Trois murs de pierre de Jérusalem, dans le Marais, portent gravés 75 568 noms. Ce sont les juifs déportés de France entre 1942 et 1944, dont 11 400 étaient des enfants. Le mur est dans une cour ouverte sur la rue, avant la billetterie : tu peux le lire sans entrer dans aucun musée.
Le Mémorial de la Shoah est à la fois un monument, un musée et un centre de recherche, et il est gratuit, sans réservation. Si tu peux choisir, je te conseille le jeudi, le seul jour où il reste ouvert jusqu’à 21:00 : dans les dernières heures le musée se vide. Tiens compte, en revanche, de ce que le samedi il est fermé, parce que c’est le jour du shabbat.
Sur ce lieu, les chiffres comptent plus que tout le reste, et je les ai pris un par un sur les pages du Mémorial, parce que ceux qui circulent ailleurs sont presque toujours arrondis.

Une note sur les photographies de cette page. Le bâtiment du Mémorial est de 1956 et ses monuments, du Mur des Noms à l’étoile de la crypte, sont des œuvres d’auteurs du XXe siècle : en France, la liberté de panorama exclut les usages commerciaux, et ce site en est un. De ces murs, tu ne trouveras donc pas d’images ici : il y a la rue sur laquelle ils donnent, et un objet historique exposé à l’intérieur. La photographie ci-dessus montre la rue Geoffroy-l’Asnier, et à l’angle on lit le nom de la voie latérale : allée des Justes parmi les Nations.
Que contient un mémorial qui est aussi une archive ?
C’est parti !
1. Le parvis, avant d’entrer
On commence dans la cour, et mieux vaut t’y arrêter que la traverser.
Dans l’axe du parvis, l’esplanade qui précède l’entrée, il y a un cylindre de bronze sur lequel sont gravés les noms du ghetto de Varsovie et des camps : Auschwitz, Belzec, Bergen-Belsen, Birkenau, Buchenwald, Chelmno, Dachau, Majdanek, Mauthausen, Sobibor, Struthof, Treblinka. Sur un mur de la cour il y a sept bas-reliefs qui représentent la persécution des juifs, réalisés en 1982 par Arbit Blatas, né à Kaunas en Lituanie. Ce n’est pas une œuvre isolée : le même cycle de sept bronzes existe dans quatre pays, et celui du ghetto de Venise fut inauguré le 25 avril 1980. Blatas ne travaillait pas sur un sujet qui lui était étranger : ses parents furent déportés de Lituanie en 1941, sa mère mourut à Stutthof et son père survécut à Dachau.
2. Le Mur des Noms
Le mur a été inauguré le 27 janvier 2005 par Jacques Chirac et Simone Veil, déportée à Auschwitz à seize ans, et il porte les noms de 75 568 juifs déportés de France, avec l’année de la déportation.
Le nombre n’est pas rond, et la raison pour laquelle il ne l’est pas mérite d’être racontée. Entre mai 2019 et le 27 janvier 2020, le mur a été entièrement refait sur la base des signalements des familles et de nouvelles sources d’archives : 6 200 corrections ont été faites, 379 noms ont été retirés et 226 ont été ajoutés. Un nom erroné sur un mur comme celui-là n’est pas une coquille, et c’est pour cela que le travail a été repris depuis le début.
Pourquoi une liste de noms dit-elle plus qu’un chiffre ?
Parce que les noms sont regroupés par année de déportation, et qu’en marchant le long du mur tu vois la forme de l’événement au lieu de sa somme : les panneaux de 1942 sont de loin les plus denses, et dans ces colonnes les patronymes se répètent, parce que les familles partaient ensemble.
3. Le Mur des Justes
Sur le côté de la cour il y a le second mur, plus récent, avec les noms de plus de 3 900 hommes et femmes qui en France ont protégé ou sauvé des juifs.
Le titre de Juste parmi les Nations, ce n’est pas le Mémorial qui l’attribue : c’est Yad Vashem, à Jérusalem, depuis 1963, après une instruction portant sur des témoignages et des documents. Dans le monde, Yad Vashem en avait reconnu 28 707 au 1er janvier 2024, venant de cinquante et un pays, et le mur de Paris porte les Justes français. Le nombre augmente encore aujourd’hui, parce que les dossiers s’ouvrent au fur et à mesure que les preuves arrivent.
Attention : si tu lis ailleurs le chiffre de 2 693 Justes, il vient d’une page ancienne. Le Mémorial en déclare aujourd’hui plus de 3 900.
4. La crypte
Où pleure-t-on quelqu’un qui n’a pas de tombe ?
On descend dans une salle sombre où se trouve une grande étoile de David en marbre noir. C’est le tombeau symbolique des six millions de juifs morts sans sépulture, et « symbolique » n’est vrai qu’à moitié.
Sous l’étoile, en effet, il y a des cendres véritables : des cendres prélevées dans les camps d’extermination et dans les ruines du ghetto de Varsovie, inhumées le 24 février 1957 dans de la terre rapportée d’Israël par le grand rabbin de France Jacob Kaplan, selon la tradition juive. Dans la crypte sont également conservés le Livre du Souvenir, avec les noms des disparus, et des rouleaux de parchemin qui enregistrent le martyre des communautés juives européennes.
5. Le fichier juif
Il y a dans ce lieu une partie qui ne ressemble à aucune autre salle de musée, et c’est pour la rassembler que le Mémorial est né avant même la fin de la guerre.
Le fichier juif est l’ensemble des fichiers constitués entre 1940 et 1944 : les dossiers des juifs arrêtés à Paris et dans le département de la Seine et ceux des internés des camps de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Avec ces papiers, l’administration a organisé les déportations : ils sont l’instrument même de la persécution. Le Mémorial les a reçus en dépôt en décembre 1997, après une longue controverse publique sur leur sort, et ils sont aujourd’hui numérisés et consultables.
Au centre de documentation, à l’étage, on consulte les archives, la bibliothèque et la photothèque. Ce n’est pas une salle réservée aux chercheurs : tu peux y aller aussi pour chercher une personne, et la salle des Noms répond aux demandes des familles.
6. Le musée permanent, et pourquoi ce lieu existe depuis 1943
La section muséale raconte l’histoire des juifs de France pendant la Seconde Guerre mondiale, avec des documents, des photographies, des objets et des témoignages filmés. Mais la date qui explique tout est une autre.
Le 28 avril 1943, en pleine occupation, l’industriel Isaac Schneersohn réunit clandestinement dans son appartement de Grenoble une quarantaine de personnes et fonde le Centre de documentation juive contemporaine. L’objectif, alors que la persécution est en cours, est de rassembler les preuves pour pouvoir les utiliser la guerre finie. Ces papiers finiront aux procès de l’après-guerre, et ce sont les mêmes que l’on consulte aujourd’hui à l’étage.
En 1950, Schneersohn décide de construire un tombeau-mémorial pour les victimes : le Mémorial du Martyr juif inconnu, élevé entre 1953 et 1956 par les architectes Alexandre Persitz et Georges Goldberg et inauguré le 30 octobre 1956. En janvier 2005, pour le soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz, le bâtiment agrandi a été rouvert sous son nom actuel, avec le Mur des Noms et le musée.

Dans la section muséale est remontée la façade d’une baraque du camp d’internement de Beaune-la-Rolande, l’un des trois camps dont les fichiers sont conservés ici en dessous. Elle est en bois brut, avec une double porte et un bandeau vitré au-dessus, et elle se dresse dans la salle comme un bâtiment dans un autre.
Le Mémorial tient presque toujours ouvertes une ou deux expositions temporaires, et c’est souvent la raison pour laquelle on y revient : ce qu’il y a en ce moment, je le tiens à jour dans le tableau des expositions à Paris.
Informations pratiques
Données vérifiées le 28 septembre 2026 sur le site officiel memorialdelashoah.org. Les horaires et les fermetures changent : revérifie avant de partir.
Billets. L’entrée est libre et gratuite pour les visiteurs individuels, et elle ne se réserve pas. Les groupes doivent en revanche réserver. Horaires. Le Mémorial ouvre du dimanche au vendredi, 10:00-18:00, et le jeudi jusqu’à 21:00. Attention : le samedi il est fermé, parce que c’est le jour du shabbat. Il ferme aussi le 1er janvier, le 1er mai, le 14 juillet et le 25 décembre, et lors de certaines fêtes juives, qui changent chaque année parce qu’elles suivent le calendrier hébraïque. Attention : le 28 septembre 2026, la page officielle ne listait que trois dates, le 2 et le 8 avril et le 22 mai, toutes déjà passées, et elle n’avait pas encore publié les fêtes d’automne. Si tu y vas entre septembre et octobre, revérifie la page des horaires la veille. Le centre de documentation. Il ouvre du lundi au vendredi de 10:00 à 17:30, le jeudi jusqu’à 19:30, et le dimanche de 10:00 à 13:00 et de 14:00 à 17:30. Le samedi il est fermé. Avec des enfants. Le musée met à disposition un livret d’accompagnement avec des questions, conçu pour faire parcourir le trajet aux enfants en évitant les images les plus dures, et des repères signalent les documents qui leur conviennent. Y aller. L’adresse est 17 rue Geoffroy-l’Asnier, dans le quatrième arrondissement. Les stations sont Saint-Paul et Hôtel-de-Ville sur la ligne 1 et Pont-Marie sur la ligne 7 ; passent également les autobus 67, 69, 72, 76 et 96. L’autre site. Le Mémorial a un second lieu à Drancy, devant la cité de la Muette, d’où partirent la plupart des convois : il se visite lui aussi gratuitement et a ses propres horaires. Combien de temps prévoir. La cour et les deux murs demandent vingt minutes, le musée permanent au moins une heure et demie.
Où aller ensuite
Le musée qui complète cette visite est le mahJ, à dix minutes à pied dans le même quartier, le musée d’art et d’histoire du judaïsme dans l’hôtel de Saint-Aignan, qui consacre une section à l’affaire Dreyfus et une installation aux habitants de son bâtiment en 1939 : les deux musées se complètent, parce que l’un raconte une culture et l’autre sa destruction. Toujours dans le Marais il y a le Musée Carnavalet, qui raconte l’histoire de Paris, et le Musée Picasso. L’autre lieu parisien où la Seconde Guerre mondiale se visite dans les pièces où elle s’est déroulée est le Musée de la Libération, à Denfert-Rochereau.
Crédits photographiques : rue Geoffroy-l’Asnier de Chabe01 (CC BY-SA 4.0) ; baraque de Beaune-la-Rolande de BrnGrby (CC BY-SA 4.0), depuis Wikimedia Commons.