La Galerie nationale de l’Ombrie a un problème de nom. Qui lit « galerie régionale » s’attend à une collection d’école locale, et l’on trouve ici Fra Angelico, Piero della Francesca, Gentile da Fabriano, Duccio di Buoninsegna et Arnolfo di Cambio. C’est le musée le plus important de l’Italie centrale entre Florence et Rome, et il occupe le troisième étage d’un palais communal.
J’ai construit ce parcours parce que l’ordre des salles est chronologique et que, dans un musée pareil, c’est à la fois le meilleur choix et le piège : on commence par le XIIIe siècle la tête fraîche, et on arrive au Pérugin, qui est la raison pour laquelle beaucoup sont venus, après deux heures de marche.
Si tu as peu de temps, voici tout de suite les trois à ne pas manquer : le polyptyque Guidalotti de Fra Angelico, la femme assoiffée d’Arnolfo di Cambio et la Vierge à l’Enfant et anges de Gentile da Fabriano.
Le musée ouvre tous les jours. Depuis le 16 mars 2026, la Galerie a supprimé la fermeture du lundi et l’horaire saisonnier : on entre de 8.30 à 19.30, sept jours sur sept, avec dernière entrée à 18.30.
Le XIIIe siècle : avant que l’Ombrie soit ombrienne
Les premières salles expliquent une chose que les articles sur le Pérugin sautent d’ordinaire : au XIIIe siècle l’art que l’on voyait à Pérouse venait d’ailleurs, et les Pérugins l’achetaient aux meilleurs de la place.
Il y a une Vierge à l’Enfant de Duccio di Buoninsegna, le maître siennois qui a tout commencé, et il y a les fonds d’or des maîtres locaux qui apprennent en le regardant. La Pérouse de ces années-là est une commune riche qui fait venir les artistes de Sienne et de Pise, et cela explique pourquoi la fontaine de la place a été faite par les Pisano.

Arnolfo di Cambio et la fontaine qui n’existe plus
Que devient une fontaine monumentale quand la ville décide qu’elle gêne ? Entre 1278 et 1281 Arnolfo di Cambio sculpta pour Pérouse une seconde fontaine, en plus de celle des Pisano, et la plaça au bas de la place, devant le palais du podestat. Au XIVe siècle elle fut démontée, et les morceaux se dispersèrent.
Il en reste trois figures à la Galerie, et l’une vaut le voyage : une femme assoiffée qui tient la cruche à deux mains et boit en pliant le cou, le corps tordu dans une pose que personne ne tente au XIIIe siècle. Ce n’est pas une sainte, ce n’est pas une allégorie, elle ne regarde pas le spectateur : c’est une personne qui a soif.
Arnolfo est l’architecte qui ouvre à Florence le chantier de Santa Maria del Fiore, et son histoire est dans Arnolfo di Cambio.

Gentile da Fabriano et le dernier or
La Vierge à l’Enfant et anges que Gentile da Fabriano peignit vers 1405 pour l’église San Domenico est du gothique tardif à l’état pur : fond d’or travaillé au poinçon, robe de bleu outremer, anges en file, aucune profondeur. Regarde-la en sachant que vingt ans plus tard, à Florence, Masaccio peindra la Trinité.
Ce n’est pas un retard. C’est un autre système, où la valeur du tableau tient à la matière précieuse et à la finesse de la main, et Gentile en était le champion européen. Approche-toi et regarde l’or derrière les anges : il est incisé, non peint, et son reflet change selon l’endroit où tu te places.

Le polyptyque Guidalotti de Fra Angelico
Que peint un frère dominicain quand on le paie bien ? C’est la pièce la plus importante du musée. Fra Angelico le peignit entre 1447 et 1448 pour la chapelle Guidalotti de San Domenico, alors qu’il travaillait au Vatican pour le pape Nicolas V, et cela se voit : la Vierge en trône au centre, les saints sur les côtés, et au-dessus une Annonciation.
Ce qu’il faut regarder, c’est le sol. Angelico le construit en perspective avec une précision d’architecte, et il y pose le trône de manière que les lignes de fuite conduisent l’œil exactement au visage de l’Enfant. C’est le même frère qui peignait à San Marco des cellules nues pour la méditation, occupé ici à un travail de prestige bien payé.
Dans la prédelle il y a les histoires de saint Nicolas de Bari, de petites scènes avec des architectures, des barques et des paysages, qui se lisent mieux que les grands panneaux.

Piero della Francesca et le polyptyque qui finit dans le ciel
Le polyptyque de Saint-Antoine fut peint par Piero della Francesca entre 1467 et 1468 pour les religieuses franciscaines de Pérouse. En bas c’est un polyptyque traditionnel, avec la Vierge et quatre saints sur fond d’or, parce que c’est ainsi qu’on l’avait commandé. En haut, dans le couronnement, il y a une Annonciation qui semble d’un autre siècle : une loggia de colonnes qui s’éloigne en perspective jusqu’à un fond de ciel, et les deux figures aux extrémités.
C’est le tableau qui montre le mieux la double vie des peintres du Quattrocento : la partie que le commanditaire avait demandée, et la partie où le peintre fait ce qui l’intéresse.

Le Pérugin, et les huit panneaux de San Bernardino
Les dernières salles sont celles du Pérugin et de son atelier, et c’est là que le musée devient une monographie. Il y a des retables, des gonfalons de procession, des panneaux détachés : le répertoire d’un peintre qui eut à un moment deux ateliers, un à Pérouse et un à Florence, et produisait à l’échelle industrielle.
Mais la pièce que je conseille de chercher n’est pas de lui. Ce sont les huit panneaux des Miracles de saint Bernardin, peints en 1473 par une équipe de jeunes peintres pour l’oratoire de San Bernardino, et attribués en partie au Pinturicchio. Ce sont huit petits tableaux carrés avec des architectures Renaissance claires, des colonnes, des gradins et de petites foules en habits contemporains : la Pérouse que ces peintres avaient sous les yeux, peinte pendant qu’ils la construisaient.

Comment organiser la visite en deux heures et demie
L’ordre chronologique est le bon, avec un aménagement : si le Pérugin est la raison de ta venue, saute-le à l’aller et va le voir en premier, puis reviens sur tes pas et repars du XIIIe siècle. Les salles se suivent et se parcourent dans les deux sens.
Une heure pour le Moyen Âge et le début du Quattrocento, une demi-heure pour Angelico et Piero, une heure pour le Pérugin et les panneaux.
Informations pratiques
Données vérifiées le 4 septembre 2026 sur le site officiel de la Galerie nationale de l’Ombrie. Les tarifs et les horaires changent : revérifie avant de partir.
Billets. Le plein tarif coûte 10 euros quand seule la collection permanente est visible et 12 euros pendant les expositions temporaires. Les citoyens de l’Union européenne de 18 à 25 ans paient 2 euros. La carte annuelle coûte 25 euros et vaut 365 jours à partir de la première visite.
Horaires. Depuis le 16 mars 2026, le musée ouvre tous les jours de 8.30 à 19.30. La dernière entrée est à 18.30.
Gratuité. Les moins de 18 ans entrent gratuitement.
Comment y aller. L’entrée est corso Vannucci 19, dans le Palazzo dei Priori. Depuis la gare de Perugia Fontivegge on prend le minimetrò jusqu’à Pincetto et on arrive à pied en cinq minutes.
Combien de temps il faut. Deux heures et demie pour le parcours complet. Une heure et demie si tu t’arrêtes aux trois œuvres principales.
Par où continuer
Dans le même palais, cinquante mètres plus loin sur le même cours, il y a le Collegio del Cambio avec les fresques du Pérugin, qui est le seul de ses cycles resté à la place pour laquelle il fut peint. Les huit panneaux de ce musée venaient en revanche de l’oratoire de San Bernardino, qui se visite gratuitement.
L’itinéraire complet de deux journées est dans Que voir à Pérouse en 2 jours.
Photographies de Sailko, Wikimedia Commons, licence CC BY. Les reproductions d’œuvres d’art sont dans le domaine public.